‹ Derniére gerbeChapitre 33 sur 56 · PREMIERE EPITRE · texte numérisé non relu

PREMIERE EPITRE

A CIIAHLES

Charle, il faut quitter l'ode et descendre à Tépltre ;

On passe en vieillissant du trépied au pupitre ,

Le feuillet sybillin s'envole, et dans la main,

misère, vous laisse un blôme parchemin

Que la strophe, sirène, ondine, muse, aimée,

Égratigne en fuyant de sa griffe palmée.

On s'accoude à son poule au lieu d'aller rêver

Dans les champs et guetter la lune à son lever;

Les bons alexandiîns vous \îennent, mais sans prismes.

Sans aile, et refusant, de peur de rhumatismes.

De se mouiller les pieds dans Therbe et dans le thym ;

Et Ton n'est plus celui qui va de grand matin,

Pâle, faire sa cour à l'aurore, et s'occupe

A regarder trembler les astres sur sa jupe.

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On s'alourdit; le ventre est votre souverain.

On préfère un turbot, une tioiite du Rhin,

Une bonne poularde accommodée en daube,

Un vin vieux, à l'œillade enivrante de laube.

On murmure tout bas : jadis, quand nous aimions...

D'autres sont les Paris et les Endymions

A qui viennent s'offrir, sous la sombre liane,

La Minerve sacrée et la grande Diane.

On ne dit plus : ma lyre; on dit : mon encrier.

On n'entend plus au bois la bacchante crier.

Votre oreille à présent jamais ne se régale

De ce que le grillon raconte à la cigale

Et de ce que redit la cigale au grillon,

L'un chantant le foyer et l'autre le sillon.

Adieu la folle immense aux chansons infinies,

L'imagination, maîtresse des génies !

Adieu l'égarement dans les espaces bleus,

L'extase, et l'idéal, ce réel fabuleux,

Et les aspects profonds du rêve! adieu la cime

Vue à travers l'écume énorme de l'abîme !

Adieu l'élan superbe et l'essor factieux !

Adieu la joute avec les aigles dans les cieux !

Adieu les gnomes noirs aux mitres d'escarboucles.

Et les nymphes ayant des algues dans leurs boucles ^

Et la fée, égrenant ses colliei's de coraux !

On emploie à tracer des distiques moraux,

Dignes d'être scandés aux écoles primaires.

Les doigts, qui caressaient la gorge des Chimères.

Votre hippogriffe las demande l'abreuvoir ;

Et nos rimes n'ont plus d'assez bons yeux pour voir.

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