‹ Derniére gerbeChapitre 45 sur 56 · A UN CRITIQUE · texte numérisé non relu

A UN CRITIQUE

Un aveugle a le tact très fin, très net, très clair;

Autant que le renard des bois, il a le flair ;

Autant que le chamois des monts, il a Touïe ;

Sa sensibilité, rare, exquise, inouïe.

Du moindre vent coulis lui fait un coup de poing;

Son oreille est subtile et délicate au point

Que lorsqu'un oiseau chante, il croit qu'un taureau beugle.

Quel flair! quel tact! quel goût! —Oui, mais il est aveugle.

Que de religions profondément creusées Pour t'enfouir, rayon que cherchent nos pensées ! Je veux te voir au fond de l'ombre, je ne puis ; Dieu fit la vérité, mais l'homme a fait le puits.

Idéal art, science, mystère!

souffle de Delphe ou d'Endor, Courbe-toi, poésie austère, Sous la royauté du sac d'or.

L'intérêt te fouette attelée A sa charrette, ô muse ailée!

11 rit de toi, le ventre plein ; Il te broie en ses mains félonnes, Et du disque de tes colonnes Fait la meule de son moulin.

Vent du soir! dont le vol nous courbe tous ensemble, Respecte le blé d or plein des rayons du jour, Respecte tous les cœurs où quelque flamme tremble, Mais jette où tu voudras, emporte où bon te semble La paille sans épi, la femme sans amour!

20/i DERNIÈRE GERBE

Un jour, pensif, tourné vers l'obscur horizon, Debout, parlant du haut de la colline verte A tout un peuple ému près d'une fosse ouverte, J'ai dit : — La mort n'a rien dont tremble la raison. Les sages n'ont pas peur des ombres éternelles. Ils savent que le corps y trouve une prison.

Mais que l'âme y trouve des ailes!

mes petits-enfants, ayez pitié des autres.

Anges là-haut, soyez en bas d'humbles apôtres, Plaignez tous ces pieds nus meurtris aux durs pavés. Georges, Jeanne, donnez tout ce que vous avez.

Être frère aux souffrants, être père aux petits.

Riche, donne ton bien ; pauvre, donne ton cœur.

De qui donne sa vie et son or aux plaisirs,

Aux femmes, aux chevaux, au jeu, Taumône est rare

Un prodigue toujours est doublé d un avare.

Je ne suis pas un saint, je tâche d'être un juste.

En riant de la chair dans la chanson obscène, L'âme est comme un forçat qui joue avec sa chaîne.

L'œil qui ne pleure pas laisse le cœur saigner.

La douleur se mesure à la grandeur du cœur.

L'enfant ne meurt qu'une fois, mais le père!

11 mourra tous les jours jusqu'à ce qu'on l'enterre.

Le premier serviteur du père, c'est le fils.

L'esclave prosterné s'avilit et m'éclaire.

Quelquefois on échoue où l'on croit débarquer.

Qui change en y perdant change par conscience.

Tel imbécile prend le dégoût pour le goût.

La vie est un remords quand elle est inutile.

Ma destinée étant de mourir en exil.

Je me suis arrangé sous un rocher farouche |

Mon tombeau. Comme on fait son sépulcre, on se couche. r|

Le penseur solitaire au désert est pareil ; Sombre malgré l'espace et malgré le soleil.

Dieu, qui créa la nuit, ne peut punir Terreur. Toi qui t'es seulement trompé, sois sans terreur. L'honame un jour contre lui, dans ces ombres si hautes, ^l'aura pas ses erreurs, mais il aura ses fautes.

On distingue, malgré son mystère et ses voiles, Dieu par la claire-voie inmiense des étoiles.

Tous les hommes sont THoname, et tous les dieux c'est Dieu.

itRË GERBE

nts voisinages î

ange avec les années.

le vers qu'il chante au ciel.

•né d'une dentelle.

SCËNES & DIALOGUES

Page 1