MINUIT SONNE
Sur les cloches d'airain qui frissonnent toujours, Sur les beffrois plaintifs qui donnent dans les tours, La nuit n'a pas encor frappé la douzième heure, Mais son aile déjà s'approche et les effleure...
— Boum! — Chut! voici le premier coup. — Boum! — Doux.
J'ai vu passer dans Tair comme un masque hideux.
Trois, quatre. — Pas un astre au ciel. — Cinq. — Sur ma table.
Pour conjurer cette heure étrange et redoutable,
J'ai des charmes écrits en hébreu. — Six. — Je vois
Dne vague lueur glisser le long des toits.
Sept. Huit. Neuf. Dix. — J'entends l'archet d'un bal dans l'ombre.
Son gai frémissement meurt en grincement sombre.
Je ne demande pas autre chose aux forêts Que de faire silence autour des antres frais Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes. Je veux entendre aller et venir les navettes De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons Et qui file, en tordant Teau, le vent, les rayons. Ce grand réseau, la vie, immense et sombre toile, Où brille et tremble en bas la fleur, en haut l'étoile.