‹ Derniére gerbeChapitre 8 sur 56 · CAUCHEMAR POSTHUME · texte numérisé non relu

CAUCHEMAR POSTHUME

mort! ô jugement! châtiment! récompense !

profondemr sans fond où va tout ce qui pense, Où Ton tombe, n'ayant que soi pour tout appui !

Cet homme était hier empereur; aujourd'hui

Il est mort. Les canons tonnent, les clochers grondent ;

Toutes les voix d'airain dans les cieux se répondent ;

L'air murmure : — Il est mort! il est mort! à genoux l

Celui qui disait : Moi! celui qui disait : Nous I

Le maître! le héros! la majesté sacrée!

L'élu ! l'homme qui règne, ombre de Dieu qui crée I

Il est au ciel, l'heureux, le superbe, le fort!

Il fut grand dans la vie, il est grand dans la mort! —

Et les foules en deuil se hâtent accourues,

Et les lourds pots-à-feu flambent le long des rues.

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Et le royal convoi passe, \ingt escadrons

Ouvrent la marche; on voit venir dans les clairons

Une espèce de tombe éblouissante et fière,

Un grand sépulcre trône inondé de lumière,

Un cénotaphe immense aux panaches mouvants

Qui roule et resplendit, secouant dans les vents

L'orgueil, Tencens, la myrrhe, et, comme des crinières,

Les flammes d'or, les plis de pourpre, les bannières.

Le corbillard étale au peuple émerveillé

Toute la gloire humaine, un manteau constellé.

Une com-onne, un sceptre, une épée, — un cadavre.

Et la grande cité que son veuvage navTe,

Et, tout autour, les champs, les hameaux, les faubourgs

Ne sont qu'une rumeur de pas et de tambours.

Écoutez maintenant.

vertige! peut-être.

Pendant qu'on dit : — C'est lui! c'est le roi! c'est le maitrel Celui que Dieu servait dans ce qu'il entreprit! — Il vient de s'éveiller, morne et sinistre esprit. Dans un des noirs chevaux de l'attelage sombre Qui tirent ce grand char de triomphe vers l'ombre.

Frissonnant, il bégaie : Où suis-je? Il se souvient. Il sent derrière lui son cadavre qui vient; De ses portes de marbre il voit s'arrondir l'arche ; Il connaît le valet de pied qui lui dit . marche !

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Il veut crier : C'est moi ! le maître ! Il ne le peut ; La mort le tient muet sous son terrible nœud. Sous sa nouvelle forme effroyable, il tressaille; Et tout en traversant son Louvre, son Versaille, Son Kremlin, son Windsor ou son Escurial, Couverts de ses blasons : lys, aigle impérial, Savoie, Espagne, Autriche, ou Lorraine, ou Bourgogne, Son cocher le fustige au nom de sa charogne.

Misérable, il est pris dans la bête au pas lent.

Ce qu'il a d'étemel en lui, puni, tremblant.

S'attelle à ce qui va rentrer dans la nature ;

Son immortalité traîne sa pourriture ;

Terreur! terreur! tandis que son nom dans l'azur

Brille, et qu'on voit son chiffre à tous les coins de mur

Porté par un génie ou par une victoire ;

Tandis qu'auguste et beau, s'ouvrant à cette glohre

Comme s'ouvre au soleil le portique du soir,

Tout Saint-Denis n'est plus qu'un sarcophage noir

Si vaste qu'on dirait qu'on a fait, sous ses porches.

Avec ses millions d'étoiles et de torches.

Entrer toute la nuit pour en faire du deuil ;

Pendant que les drapeaux adorent son cercueil,

Pendant qu'un Bossuet quelconque le célèbre,

Et l'appelle, du haut de l'oraison funèbre,

Bon, juste, glorieux, grand comme l'univers,

Son âme sous le fouet porte son corps aux vers.

Surpris par un mari, lorsqu'une nuit, Horace

S'enfuit, en laissant choir ses grègues sur sa trace,

Et conte l'aventure à son valet-mignon

Dans des vers que Boileau lisait à Lamoignon,

Il ne se doute pas, en riant avec Dave,

Lui, le sage, qui traite en ami son esclave

Et qui parle en égal à Jupiter tonnant.

Il ne se doute pas qu'il touche en badinant

Au problème insondé de l'homme et de la femme ;

Qu'il est des droits profonds que l'avenir réclame ;

Que tout marche, et qu'un jour l'inquiet genre humain.

Mettant dans l'amour vrai le légitime hymen.

Osera secouer la vieille chaîne noire

Du cœur, libre d'aimer comme l'esprit de croire.

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