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sa force; c'est parce qu'elle ne trouvait sous ses pas ni monument, ni passé, ni supériorité héréditaire, ni relique de l'ancien régime, ni débris aristocratique, que, n ayant rien à envier, à haïr ou à combattre, elle a pu se développer librement et sans secousse dans le sensde ses vraies conquêtes et de ses véritables destinées. Chez elle, l'égalité a été un principe inhérent à son origine et faisant partie de sa raison d'être; elle n'a pas été un sentiment, une passion, un retour ombrageux et méfiant vers les souvenirs d'un autre âge. En France, on a déjà fait faire à la démocratie trois ou quatre révolutions, on Fa fait sortir trois ou quatre fois de ses conditions naturelles d'affermissement normal et pacifique, en agitant devant ses yeux, comme le mouchoir rouge devant le taureau, les vieilles images de la dîme, des droits du seigneur, des privilèges nobiliaires, de l'inquisition et des lettres de cachet. En Amérique, quiconque essayerait d'évoquer ces fantômes passerait pour un fou ou pour un politique de l'autre monde.
Saluons,- en finissant, deux sentiments d'une ('mouvante grandeur qui se font jour dans le beau livre de M. de Montalembert. Catholique fervent, M. de Montalembert ne s'effraye pas des tyrannies partielles de la religion anglicane, sûr que les portions de vérité qu'elle garde encore au sein de l'erreur s'en dégageront de plus en plus et finiront par se fondre dans l'éternelle vérité; certain surtout que, sous un gouvernement libre, avec une liberté complète de conscience et de discussion, la victoire doit appartenir tôt ou tard à cette vérité religieuse, c'est-à-dire au catholicisme. Sincèrement dévoué à l'ordre et aux idées conservatrices, M. de Montalembert aime et regrette la liberté de tribune, assuré que, sous le feu des débats parlementaires, l'esprit public s'épure; que le
juste et le vrai finissent par prévaloir, et que, « par. une sorte de fascination bienfaisante qui s'est exercée sur Mirabeau comme sur M. Berryer, les principes conservateurs ont en général fini par rallier les grands orateurs. » Ainsi cette liberté, dans son expression la plus éloquente et la plus haute, cette liberté que nous avons vue, de nos jours, défigurée/coupable, calomniée et désertée, M. de Montalembert, catholique et conservateur, la proclame au nom et dans l'intérêt de sa religion et de sa politique En dehors de toute chicane de détail, il y a là un plan général dont l'ensemble s'accorde bien avec la noblesse et l'élévation de cette âme. N'appuyons pas trop; ne rappelons pas que Mirabeau, avant de se rallier à l'ordre, eut le temps de lui faire assez de mal pour se rendre impossible à lui-môme de le relever et de le sauver ; ne disons rien de M. Berryer, qui nous mènerait ailleurs qu'en Angleterre : n'imitons pas surtout ce géomètre qui demandait en sortant d'une représentation à y Andromaque : « Qu'est-ce que cela prouve? » Remarquons, avec M. de Montalembert, que l'Angleterre n'est si grande que parce qu'elle a été fréquemment et heureusement inconséquente, et que, si en parlant d'elle l'on manquait un peu de logique, ce ne serait que de la couleur locale. Ajoutons que la logique est une sotte, que personne n'est conséquent ici-bas, excepté les mathématiciens, qui en profitent pour être souvent les gens les plus absurdes de l'univers. Ou plutôt, sans tant raisonner, suivons M. de Montalembert dans tous les détails de ce merveilleux tableau offert par le patriotisme français au patriotisme britannique. Arrêtons-nous avec lui au seuil de cette salle du Parlement, sanctuaire de l'éloquence politique. « A la voix de ses grands orateurs, nous dit-il, l'Angleterre tout entière tressaille. Elle reconnaît ce prestige