Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de Beranger
Voici les clum^uits «le ni;t vicilicsso ; le liuinldo eu augmentera peu, je crois, d’ici au jour de leur pulili ■ cation, (pii n’aura lieu (|u'après ma mort, si toutefois mon éditeur, dont elles sont la propriété, prévoit |)our’ elles un favorable ac< ueü. ,1c l’espère ; ceux qui ont conservé mes autres volumes ne seront sans doute pas l'écliés de compléter une œuvre eu vers devenue, d’année en aimée, de clianson eu chanson, la peinture à pou près exacte de la vie entière de son auteur.
Kn donnant mon cinquième volume *, j’annonçai
‘ tais cinq vulmucs dont parle Béraiijïer sont les piibUcalioiis .le 1815, 18‘21, 1825, 1828, 1835. (Satc de VÉdilenr.)
■2 l’ÜKt'AC.r,.
itiuii iiilciilioM (le lie plus publier de vei's. Malf^ié luiil ee ipi’oiit |»u me dire d’excellents amis, et miîme plusieurs des oracles de notre littérature, dont la bieiiveillaiice m’a si souvent engagé à faire impriiner ce dernier volume, il ne m’a pas coûté de tenir parole et de le garder eu portefeuille.
De bonne beure je me suis défendu du bruit, si contraire à mon liumeur et à mes goûts. Certes, je n'aurais pas quitté tout à coup la carrière des lettres, s’il était donné à l’écrivain de faire deux parts de sa vie : an public ses ouvrages; à lui sa personne. J’aurais voulu pouvoir dire pres(|ue comme Sosie ; Un moi se |ironiène dans la rue, où on le chante, on on l’applaiidit ; et l’autre moi le voit et l'entend de sa fenêtre, sans être reconnu ni salué des passants. Mais cela n’est guère possible, quand on se fait le cbampion des intérêts populaires, à une éjioque où la politique passe cbaqne jour en revue ses bataillons et donne le besoin de se (xmnaître aux soldats comme aux chefs.
Puis, nous vivons sous un régime de grande [lUblicité : de ses immenses avantages doivent résulter quelques inconvénients. Chacun prend droit, par exemple, d’imprimer vos lettres sans votre assentiment. On fait de mémoire, ou même sans vous avoir vu, votre portrait et votre buste, pour les livrer en étalage aux regards des badauds. Enfin, avez-vous un journaliste jiourami, celui-ci, trouvant en vous matière, à feuilletons, vous déjièce en colonnes et vous vend à tant la ligne. Si bien que la personne du pauvre auteur, sa vie
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intime, ses plus douces iiabitudes, arrivent en peu de temps à la connaissance des oisifs. Eùt-on pris, comme je l’ai fait dès le commencement de ma réputation, la précaution d’éviter les spectacles, les réunions nombreuses, grâce à ces révélations multipliées, plus de promenades assez retirées pour n’y pas rencontiei' quelque doigt indiscret qui vous désigne à des regards curieux ; votre renom est depuis longtemps évanoui que le doigt perfide vous poursuit encore.
Ap rès leur génie, ce que j’ai le plus envié aux grands écrivains du siècle de Louis XIV, c’est l’esjjcee d’obscurité dont put s’envelopper leur modeste existence; ne se faisant pas du bruit de leur nom un besoin de cbaque instant, ils savaient vivre dans le silence qui chez nous succède si vite aux applaudissements. L’un d’eux, était-il mari ou père, voyait sans surprise sa femme et ses enfants ignorer jusqu’aux titres de ses ouvrages; la vie de plusieurs de ces grands hommes fut tellement obscure, qu’à peine a-t-il été possible de leur composer des notices lüstoriques de plus de vingt lignes, au grand déplaisir des marchands de biographies.
Cette manière de voir, qu’on n’eu fasse pas honneur à la philosophie ; je ne la dois qu’à mon amour de l’indépendance. Elle fera comprendre qu’il y a eu du bonheur pour moi à ccs.ser, depuis \ 855, d’occuper de moi le public. A ce sujet, et sous le rapport politique, quelques pciyonnes m’ont blâmé, attaqué même; j’ai entendu traiter mon silence de félonie, .le ne sais si des gens qui ii’avaient pu se faire acbeter n’ont pas été
PRÉFACE
jusqu’à dire que je m’étais vendu. A de si plaisantes awusations j’auiais roufçi de répondre. Mais à la jeunesse i|ui m’a (MJiuhlé de témoignages de sympatlu’e, et dont la Itieuveillance enthousiaste eût volontiers eonsidéré le silence du chansonnier comme Mirabeau celui de Sieyès, j’ai dû expliquer les motifs de ma conduite, et l’âge me fournissait déjà une excuse suffisante. Mes raisons se trouvent d’ailleurs exposées dans des correspondances particulières; je me contenterai d’en rapporter ici quelques-unes, en faisant observer que je vais parler uniquement de la chanson politique.
Certains hommes de vertu austère dussent-ils m’en savoir mauvais gré, je veux confesser d’abord que la divergence des opinions ne parvient pas seule à effacer en moi d’anciennes affections, ni seule à m’empècber d’en éprouver de nouvelles. J’ai donc presque toujours eu, depuis 18 î^ 0 , des amis au banc des ministres, que leur nombreux entourage m’a empècbé de fnVpienler comme je le faisais au temps qui, pour eux et pour moi, fut le meilleur sans doute.
Je manquerais à un devoir si je n’ajoutais que, devenus puissants, ces amis m’ont souvent aidé à rendre des services, moyen le plus sûr de m’attacber par la reconnaissance. Ce sentiment, si naturel en moi, ne lu’cùt pourtant ]>as empècbé d’attaquer les actes ipil m’ont paru réprébensildcs; mais la difliculté eut été de refaire et de redire en cbausou presipie tout ce que j’avais dit et fait sous le dernier gouveniemeut. Nos hommes (l’État ne se papumt guère d’ima'nlion et vj-
PRÉFACE
veut (le plagiais ; les abus et les fautes se renouvellent, se succèdent et se perpétuent chez nous avec une merveilleuse facilité; aussi les sifflets s’usent-ils à la peine, et je défierais la plus heureuse imagination de suffire plus de quinze ans aux cadres, aux refrains, aux vers grands et petits que l’opposition attend d’un chansonnier. l/esprit le plus fécond n’a qu’un certain nombre de formes à appliquer à la pensée, qui est l’étoffe de tout le monde. Les miennes étaient épuisées, ou peu s’en fallait ; à de- plus jeunes donc de tenter l’aventure.
Mais une raison non moins puis.sante m’a décidé au parti que j’ai cru devoir prendre.
La chanson politique est, sans doute, une arme redoutable, mais la pointe s’en émousse vite et ne se retrempe que dans le repos. Tous les moments ne lui sont pas également lions, et, pour qu’elle intervienne à point, il faut qu’elle ait à choisir entre deux camps bien distincts ou entre des passions fortes. La Ligue et la Fronde l’ont prouvé de reste. .\près les noëls contre la cour de Louis XV et Louis XVI, au commencement de notre immortelle Révolution, en présence des étrangers ('t du royalisme en armes, elle produisit des refrains de colère et de triomphe. Le Directoire ressembla trop à une anarchie, surtout vers sa fin, pour n’avoir pas été en hutte à quelques-uns de ses traits. Avec toutes les factions, la chanson fut contrainte de se taire sous l’Pimpire, et elle ne put même alors être louangeuse sans un visa de la police. Les héros ne sont pas ceux qui
PREFACE
la redoulenl le moins. Voyez comnieiil Turenne la traitait dans la personne de Bnssy-Rabutin, exilé pins tard par Louis XIV pour d’assez médiocres couplets. Ce n’est pas à moi de dire combien les deux règnes de la Restauration lui furent favorables, en dépit des juges et des geèliei’s. X la chute de la branche aînée des Bourbons, je pi'édis que la chanson arrivait à un temps de repos.
En effet, bientôt les opinions diverses s’enhardissent à lever l’étendard de l’opposition et* se prétent même une mutuelle assistance, ce qui est toujoure une preuve de prétentions aventurées et de faibles convictions, an moins de la part des chefs. Aussi chaque parti ne tardet-il pas à se fractionner, et de l’impuissance qui en résulte naît la déconsidération. .Ajoutons que le peuple, instruit par le spectacle de nos mesquines ambitions, détrompé sur le compte de la plupart de ceux dont il s’était fait des idoles, le vnii peuple, celui pour qui et avec qui j’ai chanté, condamné à ne plus croire à rien, à ne plus aimer rien, se tient eu dehors des évolutions de la politique, comme un jury impaiiial, appelé à prononcer souverainement un jour sur les longs débats de notre époque avocassière et cupide.
Dans un tel état de choses, où la chanson peut-elle prendre son point d’appui? Qui peut-elle satisfaire? Comment former ce chorus général nécessaire à la propagation de ses refrains? A peine a-t on daigné remarquer de jeunes talents qui se sont jetés dans cette mêlée avec provision de graves et de joyeux couplets.
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Malgré le mérite de leurs œuvres et de lem-s efforts, aucun n’a obtenu les encouragements que les partis ont riiabitude de prodiguer à leurs coryphées; bonne fortune qui contribua tant à ma réputation.
A ces causes de mon silence j’oserai ajouter une i éflexion d’un ordre plus élevé.
Nous ne devons jamais l’oublier ; la gloire de la France est d’avoir fait non-seulement une grande révolution j)olitique, mais une immense révolution sociale. 89 a créé de noviveaux éléments de civilisation, et leur coordination, jnsfju’à présent trop négligée par nos gouvernants, copistes du pas.sé, est devenue l’œuvre indispensable. Kilo appelle plutôt, je le crois, le concours de la science et de la pbilosopbie (j’entends la véritable philosophie, qui n’est ni la psychologie, ni l’idéologie, ni l’éclectisnie, etc., etc.) que celui des helles-lettres et des beaux-arts. Ceux-ci doivent attendre que le grand problème soit résolu, c’est-à-dire qiu' l’ordre dans l’égalité règne enfin, pour s’utiliser a\i service d’une phase nouvelle de civilisation. Quel a(!cueil recevrait un chansonnier qui, sur des airs de ponts-neufs, réclamerait l’organisation de la démocratie, cette œuvre si importante qui reste toujoni’s à faire et à laquelle les rénublicoins mêmes ni'^emblent pas penser ?
Le poète erre aujourd’hui à l’aventure, an milieu des csisais de constnictions cl des ruines amoncelées : qu’il abandonne donc l’arène aux doctes et aux .sages qui viendront, s’ils ne sont déjà venus, <;e que je n’ose
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affirincr par respect pour nos grands hommes d’Ktal. Cependant, si je ne me trompe, l>ien pénétré des besoins actuels, le poète doit se réfugier dans l’avenir pour indiquer le but aux générations qui sont eu marche. Le. rôle de pro])hète est assez beau, et M. de Lamartine me semble s’en être emparé, particulièrement dans Jocelyn, avec toute la supériorité du génie.
Cette réflexion et quelques autres, inutiles à rapporter, m’avaient donné l’idée d’entreprendre un ouvrage en prose pour l’éducation des classes laborieuses, afin d’utiliser ma vieillesse. J’y ai longtemps rêvé; malheureusement, ce n’est |)as au déclin de la vie qu’on se fait un talent nouveau, et je ne puis concevoir d’œuvre écrite à laquelle l’art soit étranger. C’est [lousser trop peu loin sans doute l’amour du bien public que de le subordonner à une si puérile vanité. Je m’eu accuse : qu’on pardonne à ma nature ainsi faite.
Dans un but moins utile j’avais presque promis d’écrire des notices sur (pielques-uns de mes cx)nlemporains, iriorts ou vivants. J’ai fait plus, j’ai essayé ce travail, et plusieurs biographies ont été à peu près achevées.
Mais bientôt, frappé de l’impossibilité d’être toujours sid'Iisamment instruit et par couséapieiit toujours juste pour h‘s hommes des diftéreutes o|>iuioiis, soit eu l aisoii du pêle-mêle des doeuments, soit à cause des retours possibles dans des existences non achevées, soit enfin |»;ir la faihles.se qu’inspire au peintre sou attachement pour quelques-uns de ses modèles, j’ai renoncé
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à cette tâche pénible et détruit mes premières ébauches. S’il est doux de casser des arrêts injustes en rectifiant des accusations erronées et trop sévères, (Ximbien n’y a-t-il pas à souffrir quand, pour être vrai, il faut diminuer du lustre d’une belle vie que la vertu ou une haute intelligence n’a pu préserver de toute faute; surtout si l’on est convaincu, comme je le suis, que détruire sans nécessité et au jour le jour les admirations du [)euple, c’est travailler à sa démoralisation !
ffenonçaiit donc au travail biographique, j’ai continué de chanter, mais rarement et pour moi seul. Si on s’occupe un joiu' de mes derniers vers, on y reconnaîtra l’homme qui, autrefois, osa entrer en lutte avec un pouvoir imposé par l’étranger; un peu modifié sans doute, mais aussi plus à l’aise dans cette liberté morale ip)c la retraite seule peut procurer. Si les regards du pidilic sont d’abord un encouragement pour l’écrivain, à la longue ils lui deviennent une gêne. Il semble qu’il y ait des engagements pris avec lui auxquels ce maître impérieux ne permet pas qu’on échappe. Vous a-t-il applaudi sous tel costume, ne vous avisez pas d’en changer, même pour être mieux ; il feindra de ne pas vous reconnaître. 11 m’a comblé de ses faveurs, et j’en suis reconnaissant; toutefois, comme chansonnier, ne voulant plus avoir affaire à lui qu’après ma mort, j’ai cm pouvoir me dégager un peu des formes rhythmiques auxquelles je me soumettais constamment pour lui jilaire cl dans l’intérêt de la cause que j’ai défen-
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due. On s’en apercevra à l’absence d’un choix d’airs pour beaucoup de ces dernières cbansoiis *, ce qui ne m’a pas empêché de me les cbanler souvent, sur des aii-s improvisés, d ime voix chevrotante. Surtout on remarquera que j’ai fait moins usage du refrain obligé, dont jusque-là je n’avais osé m’affranchir, ayant ob- •servé que, sans ce retour des mêmes paroles, la chanson avait moins d’empire sur l’oreille et sur l’esprit des auditeurs. Combien de peine, bon Dieu ! le refrain ne m’a-t-il pas donnée! Combien de nuits passées à ramer pour venir rattacher à cet immobile poteau ma pauvre nacelle, qui n’eût pas demandé mieux que de voguer en liberté au gré de tous les vents ! .le dois le reconnaître pourtant ; si j’ai eu à souffrir de cette servitude, elle n’a pas été sans avantage jjour moi. Avec raison j’ai dit du refrain qu’il était le frère de la rime : comme elle, il m’a forcé à résumer mes idées d’une manière plus succincte, et à mieux en approfondir l’expression.
Ces courtes obsenations prouveront que, plein de respect pour le public, j’ai toujours cherché à lui complaiie, me livrant pour cela au travail le plus consciencieux. Dans les chansons de ma vieillesse, il pourra se convaincre qu’au moins, sons ce ra})jiort, l’âge ne m’a rien fait négliger.
' I.es airs marqués en tête de la plupart des chan.sotis qui ou comportent no l’ont pas tous été par l’auteur.
(Noie de l'Editeur.)
l'BKKACK.
Ce ii’cst ceilo pas moi ([ui aurais cicviiiû ce qu’on appelle aujourd’liui la litlérnture fiwHe, cuiieiiiie, luor- Icllc de cetle autre littérature ipii fit le charme de ma vie et fut si longtenijis l’orgueil de la Fiance.
BÉUANGEIi.
Septi'iiihrc ISI'i.
Tours, b scplcmUrc ISôii.
Mon ciiEii I'kuiuitin,
()m nu siiiii'iiit li'op |irCM(lrc (le pivcau lions. Kn vousaslunl tous mes ilroits sur mes rhansons imprinu'cs et publii'ies par \ oiis [et je n’en recounai» pas d’autres que celles de l'èdilion iu-S'), en vous r('(lanl, dis-je, tous mes droits sur mes eliansoiis, aujourd'lmi et à toujours, je vous ai (''('nlcmcnl eéde la propriété des cliansoiis que je iMuirrais faire jusqu’à ré|ioque de ma mort, quel qu’eu pût être le nombre. Voilà d('jà plusieurs années que, pour prix iracquisilion, vous me servez une rente de huit cents francs; cette rente viagère, vous avez voulu dernièrement la jiortcr à douze cents francs" : c’est le moins que moi, |Knir reconnuitre tous vus bons procédés, je vous assure par tous les moyens la (iropriélé non-seulcincnl des chansons publiées, mais aussi des chansons que je fais encore de temps à autre.
* lécditiuii iu-K" dont parle ici lléruii^er est l'cdilioii eu quatre Vu* limies publiée en I85Ô-54, et ornée de cent (jiialre gravures. {Soir (te l’ÊdilrHr.)
•* L'éditeur de liéranger ne crojait pas avoir besoin de dire que, depuis 1838 (date de cette lettre), la rente viagère a été successivement augnienlce. En 1817, elle était portée à deux mille quatre cents francs, l'nc lettre de liéranger, publiée alors avec les dix chantons inédUrs, témoigne de la dil'Iicultc qu'on eut à lui faire adapter une modification qui doublait ainsi sou iuckIcsIc revenu. Depuis ce temps, d'autres augmcniations, toujours imposées avec peine à Béranger par son éditeur, avaient plus que triplé le chiffre de douze cents francs dont il est question plus haut.
{Sole de l'Èdileitr.)
Sm- le cahier où je les écris j'ai eu soin de incilre : Ce cahier appartient à M. t'errotin. cmforménwnl à l’acte passé sous seing privé entre tni et moi. Ainsi, à ma niorl. vous ii'unre^ qn'à les réclamer, pour que ces chansons vous soient remises, de mêiTic que le peu de notes que j'ai pu faire sur les anciens volumes, notes intercalées dans un exemplaire de ma publication in-12*. Mais, comme des papiers peuvent disparaître cl se l>crilre , je veux , quant aux chansons manuscrites , jH’cndre encore une autre précaution. Je vous remets ilonc une c<jpie faite par moi de ces chansons nouvelles, et vous prie de les dé- (Hiscr entre les mains du nolaire qui a votre coidiance (M. I)cfresne) : je vous piomets de vous envoyer celles que je pourrai faire |)ar la suite pour les ajouter à ce. premier ilépét , arm qu'elles attendcid là l'éqioquede ma mort, bien iléterminé ipie je suis à n'en publier aucune désormais, ainsi que le ]iortc la convention faite entre nous. Ayez ilonc bien soin, mon cher ami. de les tenir sous triple cachet, jionr ipie personne n'en puisse prendre connaissance. S'il me vient des corrections à y faire, je les consignerai sur le cahier qui reste dans mes mains cl les joindrai par errata aux envois snbséquerds que je vous adresserai.
Vous sentez que c'est dans votre seul intérêt et pour l'acquit de ma conscience que je prends tous ces soins, qui ne me sont pas ordinaires. Il est juste que je vous assure la propriété exclusive des chansons de ma vieillcjise, qui n’auront |>enl-être d’autre mérite que de compléter les mémoires chantants de ma vie, mais qui auront au moins ce mérite.
Vous concevez que, dans l'impression , il no faudra pas s’astreindre à l’ordre que j'établis ici. Si cela m'est possible, j'indiquerai dans quel ordre il faudra les publier.
Ce que je vous demamle, c'est que, daiis le cas improbable où vous viendriez à mourir avant moi, le dépôt que vous ferez chez le notaire me soit remis, sans rupture de cachet; vous promettant de mon coté de prendre tous les arrangements nécessaires pour assurer à vos hériliei's la propriété de ces
* Cos notes SC trouvent à la tin du présent volume.
(Note (le l'Édileuft)
chansons. Il suffit , je crois, pour cela, que vous laissiez un mol (le votre, main qui ordonne que la remise du dépôt me soit faite. Celle remise est nécessaire pour que la publication n’ait pas lien sans mon consentement, dans le cas où votre fortune tomberait dans les mauis d’un mineur. Pardonnezmoi de penser ainsi à tout, même aux circonstances les plus pénibles; vous savez que cela est dans mon raractère. Vous en aurez la preuve à ma mort, car vous verrez que dans mon testament* j'ai eu soin de faire mention de l’acte passé entre nous, qui vous donne la propriété de mes chansons imprim('es et manuscrites.
Comme je pense que vous garderez cette lettre, je suis bien aise de vous y donner un témoignage de ma gratitude pour vos procédés à mon égard. Vous êtes venu à mon secours dans un moment bien difficile; et je dois ajouter, pour ceux qui en ont été surpris, que si je n’ai pas eu une plus grande part dans vos bénélices, c'est que je n'ai pas jugé cela juste , sachant pour combien votre industrie a été dans le succès do la grande édition. J'ai été au reste bien récompensé de ma conduite par celle que vous avez tenue envers moi. Rccevez-en mes remcrcîments et l’assurance de toute mon amitié.
A vous de cœur,
P. J. DE BKUANCER.
' Ui'-ranger parle d’un de ses premier' testaments, qu’il a modifudepuis 18Ô8. (.Vote de l'kditenr.)