LE BON DIEU
Non; XCI. — Au titre. — « Est-ce ainsi que l’Iatou parlait de Dieu? • s'i-cria, à propos de cette chanson, Marchan^’V dans son réquisitoire. Non, certes; mais .Aristophane ne parlait pas des dieux comme Platon IW-ranger, dont la croyance ou l'.Auteur de la nature ne put Jamais être mise en doute, puisqu'elle est attestée par une continuelle inspiration ipii fierce dans ses moindres pro<lu( lions, et par l'espèce de profe.ssion de foi qu’il ne cessa de faire à cet égard, [(«'-ranger, en faisant la chanson du Bon Dieu, n'eut pas l'idi-e de commettre une impiété, il s'en faut. Il prit, cette fois. Dieu comme nos religions l'ont fait dans la tête du |>euplc, et non comme lui-même l'avait conçu. C'est cette idole grossiéie qui lui servit de cadre pour des couplets dont la morale, après tout, est plus en rapport avec l'Évangile que celle de nos ji'-suites intolé-ranls. Marchangy le savait, mais c'était ce «lu'il poursuivait dans la popularité de cette chanson. (.Vo/e de Béranger.)
LE VIEUX DIl.NPE.NU
Non. XCII. — La chanson du VieHj! Drapeau, dans l'édition de Ittil, était pri:eé<lée des lignes qui suivent ;
« Cette chanson n'exprime que le vœu d'un soldat qui désire voir la Charte constitutionnellement placée sous la sauvegarde du drapeau de Kleurus, de Marcngo et d'Austerlitr.. Le même vœu a «■•té exprimé à la trihiine par )>lusieurs députés, et, entre auties. par .M. le gi'-néral Koy, dans une improvisation aussi noble qu'énergique. [Jiote de r Éditeur.)
.\oTK XC.lll. — du premier vers. ^ llérangi-r fut obligé de mettre en U-te de sa chanson une note pour rinn<x;enter, s'il était pos.sible; l'imprimeur, sans cela, ne voulait point l'admettre dans le recueil. Cette note n’empêcha pas Marchangy d’en faire l'objet de ses plus vives attaques. L'auteur courait le risque de deux années d'emprisimneinent, si l'avocat gt'-néral avait gain de cause ; mais .U. Cottu, juge impartial aussi bien, qu'écrivain politique dérai-^ sonnnhle, lit obsi:rver il la cour qu'il y avait bien dans le code pénal de la presse pioioediian à la révolte, port d'un uigne sédilieur; mais non provocatii.n ou port d'un \igue .séditieux. Cette subtilité eut du succès, et la chanson reconnue condamnable ne put être une c-ause de condamnation. Mais une autre loi de la jiresse. fut faite, et l'on y inséia un article relatif à la provocation au port d'un signe séditieux.
IIE BÉU.V.NGEK.
Il est utile peut-Mre de consigner des faits en eux-mêmes ‘si l>uérils : ils font apprécier une époque.
lléranger n’oublia jamais l'obligation qu’il avait à Cottu, avec qui il était lié depuis longtemps et dont il estiinail les qualités personnelles, en dépit des exagérations politiques de ce magistrat. *
r.omine la plupart des chansons de Béranger, la chanson du Vieux Dnipeiiu avait couru avant qu'il la fit imprimer. D'autres prirent même le soin de la faire courir avant lui, et un grand nombre d’exemplaires furent jetés dans les casernes. Le ministère s’en elîraya. Un conseiller d'fitat attaché à ITniversité fut chargé de sermonner l’auleur, qui répéta, cette fois encore, qu’on pouvait lui ôter son emploi; mais c’est ce qu’on ne voulait pas faire, croyant toujours que la crainte de ]>erdrc son unique moyen d'existence l’empêcherait de donner une édilion complète de ses chansons. Il en est peu qui aient eu un succès aussi général que le Viei^x Itnijienu. iMote de Béranfier.)
L\ MARQUISE DE PRETINTAILI.E
Aoik Xr.lV. — .Ih tilre. — Après avoir attaqué les anciens inari|uis par la chanson du Marquiii de Carabas, il y avait justice à se jouer des anciennes marquises. La politique n'est pas le seul côté faible de ces dames : elles oITrent d’ailleurs une pAture à la satire, et le type de la marquise de Pretintaille n’est pas tout d’invention.
Dans le dernier couplet, l’auteur fait allusion à la fameuse «oie ■secrète, ouvrage d’un comité ultra-congréganisie qui sollicitait auprès des cours étrangères la rentrée en France des soldats de la Sainte Alliance des rois.
A voir Béranger s’eu prendre si souvent A la noblesse, quelques personnes de celle caste ont supposé qu’il avait le regret <le n’c- Ire pas né, comme disent ces messieurs et ces dames. Jamais accusation ne fut moins fondée. Notre auteur n’a jamais comiu que l’ambilion littéraire, encore d’une manière fort modérée. Jamais supèrioi ité sociale n’a pu le choquer persomiellem'ent; on ]>eut même ajouter qu’il n'eut jamais à en soulTrir; mais il regardait les privilèges de naissance comme une contradiction avec les principes de noire Révolution et comme un obstacle au, bonheur de son pays. De là vient la guerre qu’il a cru devoir leur faire, guerre bien justiliée par la conduite de presque tous les hommes de caste. Béranger a vécu dans un temps où il était si facile de se faire passer pour noble, que, s’il eut eu cette fantaisie, il eût pu la satisfaire, surtout à l’aide de la particule qui accompagne son nom. Loin de là, il sympathisait, par des sentiments <lc justice et d’humanité, avec les classes inférieures, et il s’est toujours fait un plaisir de rappeler qu’il était né dans cette foule jtopulaire, au progrès et à la consolation de laquelle il a consacré presque toutes ses inspirations. (i\o/e de Béranger.)
\OTKS
LE THEMBLELK
ftoiE XtlV. — ,4« miiis-tltre. — Il serait superllu de rapjieler «luila plus solide amitié existait entre M. Uupont (de l'Eure) et Déranger. Ce dernier s'en montra toujours glorieux. Les vertus du iléluité sont trop populaires pour qu'il soit non plus besoin d'en faire l'éloge ici. l'rès de trente ans de magistrature les ont mises en évidence, et la carrière politique a achevé de les illustrer, l'ne seule éj)rcuve a manqué à ces vertus : les hauts emplois ]iublics; mais on peut assurer que, si elles y avaient été soumises", elles seraient sorties intactes d'une épreuve si périlleuse pour tant d'autres hommes.
(juand cette chanson fut faite, Béranger était encore dans les bureaux de l'i nivei sité. >1. l’asquier, nommé dans le dernier couplet, avait, comme garde des sceaux, signé la destitution de Dupont de la place de président à la cour royale de Rouen, et sans que celui-ci piU obtetiir la pension due à ses longs services. Lisot, nommé aussi dans ce couplet, était un député constamment ministériel que le pouvoir employait pour lutter contre l'inlluencc; que Dupont exerce dans son pays par la juste idée qu’on y a de l'indépendance de son caractère et par sa belle réputation, qjic. la .Normandie entière regarde comme sa propriété. (Noie de Üéranyer.)
LA MOllT l)i; ROI CHRISTOPHE
Noie XLVl. — A la Me. — Christophe, empereur et ruPd'llarti, mourut en 1820, à la suite d’une révolution militaire. La Sainte Alliance avait mis les congrès à la mode. L'Espagne et Naples avaient déclaré leur indépendance, et l’on |>ensail déjà, dans les cabinets, à châtier leur témérité révolutionnaire. Le troisième couplet est une allusion aux formes mystiques données aux protocoles des princes-unis ; ce couplet fut le seul de la chanson que Jlarchangy signala aux jurés. (Note de Béranger.)