‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 27 sur 133 · DER.MERES CHANSO.NS · texte numérisé non relu

DER.MERES CHANSO.NS

Mais laissera-t-on à cel homme Rien de son corps ayant valeur?

Sauvez de leurs mains (pielque somme, Les infîrats crieront au voleur.

Tous quatre on les entend se dire :

Que faire d’un borgne impotent?

Voyez le dégoût qu’il inspire.

11 faut le saluer pourtant.

« — Ah! dit Maleck, j'ai l’espérance « Que, grâce .à moi, dès aujourd’hui,

« Sans lui faire la révérence,

« Nous pourrons passer devant lui. »

11 court, il crie : « Issa, mon père!

« Ma femme a d’horribles douleurs.

<1 Prières ni soins, rien n’opère;

« Mes yeux s’éteignent dans les pleurs « Je sais un remède et la dose « Qui sauva la vie au sultan ;

« Mais d’or potable il se compose Il Et de perles plein mon turban. »

Ben-Issa promet ses oreilles.

Moch aux yeux verts vient et prétend Qu’un prêt de richesses pareilles Veut un gage plus important.

« S'il vous donnait cet œil qui brille, »

Dit Maleck. Mais l’estropié Refusa net : « Par ma béquille!

« Est-ce trop d’un oui poui- un pied?

DE liÉRANGED.

« — Ah ! pour cot œil sauve ma femme !

« Prés de toi ne m’auras-lu pas?

« Jusqu’à la Mecque, oui, sur mon âme, U Je jure de guider tes pas. »

L'œil est donné. Prenant la somme,

' Tout chargé d'or Maleck s'enfuit.

S'enfuit et laisse le ])auvre homitie A tâtons errer dans sa nuit.

« Tu vas tomber dans la rivière! »

Crie un passant; « j'en ai pâli.

» Issa privé de la lumière !

« Je te tiens! Viens, je suis Ali,

« Ali, ton compagnon de classe;

« Des jongleurs le plus gai, dit-on.

* Il t'oifre part à sa besace;

U 11 te servira de bâton. »

* Contre son cœur Issa le presse.

Dieu ! voilà son bras rétabli !

Sa jambe et ses dents! quelle ivresse!

De ses deux yeux il voit Ali.

Même il voit les pâles visages Des quatre amis au cœur affreux.

Privés chacun de l’im des gages Que naguère il donnait [Hiiir (‘ux.

Dans l'air apparaît le Génie :

« Mon fils, jouet de ces ingrats, « Vois leur méchanceté juinie :

U A toi l’or <iue tu leur livras.

lU

DERMKRES CHANSONS

« Qu’au bon Ali cet or profite;

« Vous vieillirez ensemble. Adieu !

‘I Faire le bien à (|ui mérite,

« C’est mériter deux fois de Dieu. »

Le couple heureux, Fàme attendrie.

Des quatre infirmes demi-nus S’éloigne, et Ben-lssa s’écrie :

<1 Ah ! que de pleurs j’ai retenus ^

« Ali, porte-leur en cachette « Du riz, du miel et des habits.

« Qu’ils s’amendent ! Par le Prophète « Caillou touché devient rubis. »

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