LES GAGES
CONTE AKAbE
Am : Aillai jadis un grand ;iropliclc.
Dans Bassora, séjour perfide,
Üe trop d’amis environné,
Ben-lssp, cœur bon et candide,
Un jour s’éveilla ruiné.
ni
110 DKRMÈHES CHANSONS
Le peu qui lui reste, il le donne Un vieil aveugle en son clieniin L’implore ; Issa lui fait l’aumône, Qu’il ira demander demain.
L’était dans le temps des génies; Voilà bien trois cents ans de ra.
L’un d’eux, connu par ses manies, -\Iocli, aux yeux verts, aimait Issa.
Pourtant, soit capricx; ou système, Issa n’en peut obtenir l ien Que pour obliger ceux (pi’il aime :
-Même il y doit mettre du sien.
Qu'importe Mocli et ses richesses !
Son seul t^spoir, Issa l’a mis Dans ceux qu'il combla de large.sses ; Mais le temps passe, et plus d’amis.
Seul accouru, Maleck demande • Qu’à son aide Issa vienne encor :
Par le cadi mis à l’amende,
11 lui faudrait huit bourses d’or.
(I Issa, dit-il, crains l’indigence;
H Recours à Moch dans nos revers. »
Et Ben, toujours pris d’obligeance.
Crie : « A moi, génie aux yeux verts ! i> Moch apparaît, prend le langage D’un juif et dit : « Ben, tu sauras (I Que je prête à (jui m'offre en gage « Œil ou dent, jambe, oreille ou Lias.
U Sans douleur, sans fièvre ni plaie,
« D’un mot j'extrais mes répondants.
■I Ton compte est fait d’avance ; paye, a Huit bourses d’or valent huit dents.
Il — Huit dents! c’est tout œ qu’il m’en reste. Il — Qu’en peut faire un garçon rangé?
Il Ton menu devient fort modeste:
Il D’ailleurs, lu n’as que trop mangé.
« Allons! viens, que je les arrache ;
« (Test fait !» Et le brave édenté Donne à Maleck l’or, et lui cache Les liesoins de sa pauvreté.
De æ marché le bruit opère ;
Prés d’issa les ingrats qu’il fil Reviennent tous. Chacun espère Le mettre engage à son profil.
Moussa, qui ti’aliquait en Perse,
Perd son vaissiîau sur un écueil.
Pour remettre à flot son commerce,
A Moch Ben-lssa livre un œil.
Hassan va marier sa fille ;
Sans dot comment la présenter ?
On flatte Issa dans la famille;
Il donne un bras pour la doter.
Pour llusseim, qui veut d’esclavage Racheter deux fils qu’il pleura,
Issa met une jambe en gage :
Sur ses amis il s’appuient.
IH