‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 36 sur 133 · DERNIÈRES ('.HANSONS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ('.HANSONS

Dans l’orgue, qui soudain envoie Jusqu’au ciel un profond soupir.

« Sitôt qu’à genoux et bénie Elle a pris le pain rédempteur,

Satan mêle à flots l'harmonie Aux chants du temple inspirateur.

Sous sa main l’orgue austère et tendre N’a plus rien d’un monde mortel ;

Et les anges, pour mieux l’entendre.

Descendent jusque sur l’aulel.

« Mais, dans ces pompes de l’Église, Marie et chancelle et pâlit.

Son cœur, trop plein de Dieu, se brise ; Sa foi la tue et l’embellit.

Elle tombe aux bras de son père.

Fait homme, il se trouble d’abord, (lomnie un de nous se désespère, l']| sent tout le mal de la nioi l.

« Elle n’est plus. Amour, scienci*.

Bien n’y peut ; Dieu le voulait donc.

Satan n’eut jamais de souffrance Oui comptât plus pour son parilon.

Va-t-il sur la foule attendrie Henver.ser les murs du saint lieu?

.Non, il voil Pâme de Marie llemonter brillante à son Dieu.

K S’il lui cache quel est son pèi e.

« ,\b! dil-il, que Dieu soit iM-iii

I>K Bf.BANGEn.

irv‘i

« Dans mon royaume, affreux repaire,

« Retombons seul, pauvre banni. »

Là, s’accusant à ses complices De, sa révolte et de leiu’s torts.

Il souffre de tous les supplices.

Il saifîne de tous les remords.

« Pour moi, seule étoile qui brille « Dans ce ciel que Dieu m'a l'ermé,

« Pour moi, dit-il, prie, ô ma fille!

i< Prie, ô toi qui m’as seule aimé ! «

.Mais au ciel le Christ, qui l’écoute,

Voi^aux éternelles douleurs (liiel jKtids le repentir ajoute ;

Et .ses yeux en versent d(*s {)leurs.

« Un fie ces pleui’s, sources fécondes,

A travers l’amas des soleils,

A travers la foule des mondes Aux sombres nuits, aux jours vermeils, travers tout l’esitact; immense tjue Dieu peupla dans un instanl.

Ce pleur de (udestt* clémf’iice ToiuIn^ sur le cxmir de .Satan.

« El soudain l’archaniie rebelle RejH’end sa ‘•loire et sa beauté.

Et, d’un seul élan de son aib*.

Pri‘*s fin Christ il (fsl remonb'.

.Marie est là pour lui sourire; D’amour pur il est abriMivé.

DF.lliMÈRF.S CHASSONS

Le mal enfin perd son empire :

La fille d’Ève a foui sauvé. »

Le Lon moine, après cette histoire, Poui>suil ; (I Les temps sont révolus, L’Enfer n’est plus qu’un PurMaloire D’où l’on entrevoit les élus.

J'ai chanté sur le char d'Élie,

Avec les séraphins joyeux,

La Vierge qui réconcilie Saints et pécheurs, enfers et deux.

« .Madame, à i)ied je pars pour Rome^ Comme a fait saint Paul auliefois.

Pour prêcher sur le sort de rhomme.

Le pape délieia ma voix.

Le Christ veut qu'en ces murs célèbres ^ J aille annoncer aux cueurs aimants (Ju'il n'est plus d'anges des ténèbres,

Ih.'il n'est jjIus d’éternels lourments. »

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