‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 4 sur 133 · LE PHÉNIX · texte numérisé non relu

LE PHÉNIX

Altl !

Jadis, en des dimats loinlains,

Vivait sur de fertiles places Une lépubliqiie de sages Heureux des |»lus obscurs destins.

Le phénix vint sur l’autre rive.

Vite, à sa cour il les fit appeler.

Son héraut criait ; « Qu'on me suive !

Dépéchez-vous ; l’oiseau peut s'envoler. »

Partout l’esclave galonné Va disant : « Mon maître a des ailes A couver vingt peuples fidèles;

Venez voir l’oiseau couronné.

Pas n’(>st iKSoin de vous l’appi'ondre.

Au bien de tous il aime à s’immoler.

S’il meurt, il renaît de sa cendre.

Dépéchez- vous; l’oiseau peut s’envoler, n

Nul ne Ijouge. 11 ajoute encor .

« .Ne pas le voii- serait dommage, llien d’aussi beau que son plumage.

Son bec de perle et ses pieds d’or.

Vrai soleil, sa i iche couronne.

Sur vos moissons daignant étinceler.

Les mûrirait. Dieu me pardonne !

DépiVhez-vons; l’oiseau peut s’envoler. »

DE BÉRANGEn.

Un vieillard enfin lui répond :

« Cesse, ami, tes vaines fanl'ares ;

Nous ])référons, nous, vrais barbares,

A Ion oiseau poule f|ui pond.

Pourtant il nous plaît fort enlendre Chanter linots, coloinlies rouioider.

Le chant du pbéuLx est moins tendre:

(''est chant roy:d ; l’oiseau jwut s'envoler.

Il Sache qu'en son bûcher fumant A'os p<*res l’ont osé surprendre.

(Ju’ont-ils découvert dans sa cendre?

Hélas! un coeur de diamant.

Tout être unique eu son espèce Il'auciin amour n’a pouvoir de brûler.

Plaignez les rois, dit la Sage.sse.

Nous les plaignons; l’oiseau peut s’envoler. »

LUS CIIANSO.NNKTTKS

A HKA/.lKIt

MON SOISIN A PAb»Y Et MO!1 ANCIEN COU.^OIE AL CAVKAI .

OU, KN .m’RNVOYANT SON KECIEM., M'\ ADKKshK ISF. FOUT JOUE nUNSON

Aiii : Ainsi j:uii> im ^rainl prophrto.

llrazier, grand merci de tou livie,

Ile nos Ix'aux jours gai souvenir.

* Depuis que relie eli.iusoii est faile, Brazier à «■essé ,1e vivre ; il élail moins Apé qite moi. "li des vaiidevilli>(ei|

a nKRNlKUF.S CHANSONS

Quoique un peu las déjà de vivre,

Je te (liante pour rajeunir.

Que de soupers ! Que d’amourettes !

Que de vrais amis à viufft ans!

C’est là le temps des chansonnettes,

Oh ! 1e bon temps ! oh 1 le bon temps !

Des airs que module une amie,

A vingt ans naît plus d’un refrain.

Nos vers narguent l’Académie,

Nos plaisirs, tout censeur chagrin.

La montre d’or paiera nos dettes ;

0» sert de eompler les instanls?

C’est là le temps des chansonnettes.

Oh ! le lion temps ! oh ! le bon temps !

Chauve, déjà, mais jeune encore ’,

Je me vois admis au Caveau ;

Là tu fais d’une voix sonore A|>plaudir maint couplet nouveau ;

Moi, j’y chante un hymne aux grisettes, l’orte-bouheur de mon printemps.

i)ui ont o!)lenu Ifi plus de succès au tlièiltre, cl Dèsaugiers le regardait coinme celui de tous qui faisait le mieux les couplets de pièces, Cliansounier sans travail, mais aussi sans prétention, il était remarquable par un talent d'allure vive et gaie. Brazicr méritait d’être aimé. Incapable d'envie, il renilait justice même à ceux (ju’il se voyait préférer. Les opinions légitimistes, qu’il avait cru devoir ado|iter, ne le rendaient ni servile ni intolérant, ce qu'on ne pourrait pas dire lie tous ses confrères du Caveau. {Sole île Béranger.)

• J’avais trente-trois ans. {Sale de Béranger.)

DE BÉIIA.XJEI!,

V’ivü le temps des chaiisoimelles 1 Oli ! le bull temps 1 oli ! le bon temps 1

Je vois encor ré‘>iier à Uible l)és;mgiei s, notre maitre à tons,

Bon convive si regrettable,

Trop fou des rois, mais roi des fous.

Coulez, bons vins, sautez, lilletl<‘s,

A sa voix ipje toujours j’euUnuls.

\'ive le temps des chansonnettes !

Ob 1 le bon temps ! oh 1 le lion temps!

Moi, dt'.puis, aux vieilles payodes J’adressai de vertes leçons.

Si l’on dit que j’ai lait des odes.

N’en crois rien : j’ai fait des chansons.

Est-ce leui' faute, les pauvrettes.

Si leur père avait cinquante ans ?

Adieu le temps des chansonnettes !

Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps 1

V'oisin, l’hiver n’ose t’atteindre :

Ton recueil charmant en liiit foi.

Ma gaieté, qu’un rien vient éteindre, Trouve à se rallumer chez toi.

Oui, grâce à ta muse en goguettes, Grâce à tes l efrains si chantants,

Je rêve au temps des chansonnettes.

Oh ! le bon temps ! oh ! le bon temps I

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