‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 56 sur 133 · MON OMBRE · texte numérisé non relu

MON OMBRE

Air. : J'étais bon diasseui’ iuitrcl'ois.

L’oiseau module un dernier chant ;

Moi, vieillard, j’écoute et je songe.

Mais aux feux du soleil couchant Je vois mon ombre qui s’allonge,

.S’allonge et semble aller s’asseoir Au bord de la route poudreuse.

Elle aspire aiî repos du soir ;

Mon ombre devient partisseuse.

' A quoi l’ai-je donc pu lasser ?

An temps froid comme au temps des roses,

UKRMKRF.S CU VNSONS

Si je Miiirdiais seul pour penser, l>o»ir rêver j'ai fait bien des pauses.

Alors de trop graves sujets Porçaient-ils mon vol à s’éltmdre.

Tandis qu'au ciel je voyageais.

Mon ombre dormait à m'attendre.

(dianlais-je à de joyeux banquets,

Sitôt qu'elle y pouvait paraître,

Herrière moi, comme un laquais.

La moqueuse singeait son maître.

Tard au logis rentrant parfois.

(luand l'aï tournait au mirage.

Au clair de lune, je le crois.

Mon ombre eût tait rougir un sage.

.le ne veux non plus le cacher :

•ladis des ombres moins fidèles.

A ses bras daignant s'attacher,

La faisaient cnurir avec elles.

C'était le temps des jours d'espoir.

Ihss nuits d'amour toutes remplies.

Dans ces nuits, grâce à l’éteignoir.

Mon ombre a fait peu de, folies.

Les beaux rêves m'ont tous quitté.

Où sont les ombres des sylpbiiles?

A peine un rayon de gaieté Clisse encore à travers mes lâdes.

Il est un fantôme divin

Oui rend le soir des ans moins sombre :

UK liKK.V NOEII.

r.’est la gloire, liélas! niais en vain Mon ombre a poursuivi relie ombre.

Une ombre de üieu brille eu nous; Je le sens, el pourlant j’ignore (le qu’à ses yeux nous sommes tons, Sur «I vieux sol qui nous dévore.

Mais le soleil disparaissant Penl-ètre résout ce problème,

(lar il semble (|u’en s’effaçant Mon oinbn' dise : Ombre toi-inèine.

1847 A 18ol

LA COLOMBE

F,T l.R CORI’.EAI' PT PKI.lir.i;

Am :

Uî CORBEAtt.

« Colombe, où clierches-lii refuse?

IA COLOMBE

Je vole à Noé plein de foi Annoncer la fin du déluse.

Corbeaîi, rentre an s>te avec moi.

LE CORBEAU

Non. De ces monts l’eau se relire; Tout promet fortune aux corbeaux :

D’un homme ici vois les lambeaux. »

Et l’oiseau noir se prend à rire.

PERNIÈUES CHANSONS DE BRRANOEH. 201 LA COLOMBE.

« Porte avec moi l’espoir dans l’arche ; Montrons les flots moins soulevés,

Kt rendons grâce au patriarche.

(Corbeau, l’homme nous a sauvés.

LE CORBEAU

Oui, pour repeupler son empire Kt nous croquer, gros ou petit :

Souhaite-lui bon appétit. »

Kt l’oiseau noir se prend à rire.

LA COLOMBE

« L’Ilomme sur toute créature Règne, et du ciel vient cette loi

LE CORBEAU

J’en doute fort ; car la nature Partout pâlit devant son roi.

Mais dans l’abinie qui l’attire Va s’engouffrer son louivl bateau :

Je le vois là-bas qui fait eau. »

Kt l’oiseau noir se prend à rire.

LA COLO.MBE.

« Non : Dieu réserve une famille.

L’Océan reprend son niveau ;

Un signe de paix au ciel brille :

Il va naître un monde nouveau.

LE CORBEAU Des inondes il sera le pire Si l’homme doit en hériter.

Dieu devrait bien me consulter. »

Kl l’oiseau noii‘ se prend à rire.

ItEllMKHES, CHANSONS

iu^!

LA COLUMBE.

« Prophète de désespéi-ânce,

Tu ris des maux que lu prévois.

.Moi, pour (4dmor une souffranee.

Je <lonnerais plumage et voix.

Adieu. Tu me ferais maudire;

.le ne veux vivre que d’amour.

LE CORBEAU

Tu veux donc vivre à peine un jour. »

Kt l’oiseau noir s<‘ prend à rire.

LA COLOMBE

« .Méchant ! qu’ici ton liel s’épanche, .le vais aux mortels malheureux De l’olivier porter la branche Que Dieu m’a fait cueillir pour eux.

LE CORBEAU

Ma colombe, ils te feront cuire Avec le bois de ce rameau.

De Satan l’homme est le jumeau. »

Kt l’oiseau noir se pi end à rire.

MA CA.NNK

Aitt :

Le soleil aux champs d’aller nous fait si, une. (Iliaque jour s’enfuit de fleui’s couronné.

Viens, mon compagnon, humble cep dé vigne.

Ami (inVii riant l<‘ sort m'a donne.

I)(! quel cru fameux versas-tu l’ivresse

l/ai-je célébré dans iiii gai repas?

Si jadis ta sève égal a mes pas.

Toi seul aujourd’hui soutiens ma vieillesse.

A travers lH)is, prés et moissons, i .

Allons glaner fleurs et cliansons. )

Viens, loin des fâcheux, méditer ensemble;

Je me fie à loi de tous mes .secrets.

Tu m’entends chanter d’une voix qui tremble De grands souvenirs, de tendres regrets.

.\u froid, il la neige, au flot des ondées,

.\ii bruil du tonnerre, an fracas du vent, llombien, Iriste ou gai, quand je vais rêvant. Sous mon vieux chapeau bourdonnent d’idées!

.V travers bois, prés et moissons.

Allons glaner fleurs et chansons

Souvent, tu le .sais, j’ai refait le monde,

De trésors rêvés comblé mes amis.

En projets heureux mon esprit abonde ;

Que d’excellents vers je me sui^^ promis I Enfant de Paris iierdu dans ses fangi's.

Je devais, sans nom, liattre les pavés;

■Mais, pour me repi’endi i* aux enfants trouvés, La muse avait mis sa marque à mes langes.

\ travers bois, prés et moissons.

Allons glaner fleurs et chansons.

Ce fut ma nouiTice : « Enfant, disait-elle, Vois, écoute, lis. >» Ou, |)renant ma main :

dehmèhes chansons

aoi

«( Suib-nioi liors des murs ; la aimpasne est Ih-llc, Viens cueillir, pauvret, les fleurs du (heiniii. » Depuis, loin des biens dont la soif dévore,

La muse à mon feu prit goût à s’asseoir.

Et, ((uoique affaiblie, a des chants du soir Tour le vieil enfant qu'elle berce encore.

A liavers bois, prés et moissons,

Allons glaner fleurs et chansons.

K Dirige le char de la République, «

M’ont crié des fous, sages d’à puésenl.

.(jui, moi, m’atteler au joug politique.

Lorsqu’il faut un aide à mon pas pesant !

Ai-je à tel labeur force qui réponde?

(Ju’en dis-tu, bâton, las de me porter?

Tu gémirais trop de voir ajouter •Au poids de mon corps tout le poids d’un monde. A travers bois, prés et moissons.

Allons glaner fleurs et rhansons.

A mes premiers temps j’ai vieilli fidèle.

Tout un passé meurt, mourons avec lui.

Mon cep, je te lègue à l’ére nouvelle ;

Sois pour des vaincus un dernier appui.

Oui, sachant, ami, dès que le jour tombe.

Combien de faux pas je ferais sans toi,

Pour quelque proscrit, tribun, pape ou roi,

Je veux te laisser au bord de ma tombe.

A travers bois, prés et moissons, i .

Allons glaner fleurs et chansons. )

DE BÉRAiVGER.

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