‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 24 sur 94 · A MES AMIS · texte numérisé non relu

A MES AMIS

An?

Dix-neuf août! Dieu, quelle date!

Mes chers amis, à jour pareil, Je vins sur notre terre ingrate Traîner cinq pieds d'ombre au soleil.

Voyant, à l'heure d'apparaître, Mon bon ange saisi d'effroi, Je fis bien des façons pour naître.

Mes amis, pardonnez-le-moi. Bis.

Mon ange me prêle main-forte; Mais, un docteur aux bras de fer*

* Ma mère souffrit pendant plusieurs jours avant de nie mettre au monde, et ne put être délivrée que par le forceps, qu'on n'employait [ans les cas extrêmes.

Do mon gîte foirant la porte,

Je sors comme on entre en enfer.

Pour moi quels tourments vont donc suivre

L'épreuve où je viens d'être mis?'

Je crains déjà de longtemps vivre.

Pardonnez-le-moi, mes amis.

Mon bon ange alors me révèle L'avenir qui m'est réservé :

Comme un pauvre joueur de vielle Je chante en battant le pavé.

Mon indigence est poursuivie, On m'emprisonne au nom du roi.

J'hésite à mener cette vie.

Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mon bon ange m'annonce encore Pour mon pays de longs combats ; Une liberté dont l'aurore Se fond en brumes et frimas.

Un siècle naît, qui rien ne fonde; La gloire y tombe en désarroi.

DE BÉRANGEK.

Oh ! que j'ai regret d'être au monde ! Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mais en riant j'aurais dû naître, Si mon bon ange eût dit d'abord :

L'amitié viendra sur ton être Verser l'oubli des maux du sort.

Moi dont elle a séché les larmes, Moi qu'à son culte elle a commis, Jaurais dû pressentir ses charmes.

Pardonnez-le-moi, mes amis. Bis.

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