LA RIVIÈRE
Air :
Où cours-tu, rivière amoureuse?
— Je cours au pied des rocs penchants Fournir une herbe vigoureuse
Aux troupeaux, nourriciers (Jes champs.
Puis, où va ton onde limpide?
— Sur un sol qu'épuise l'été, Au gré du travail qui me guide, J'épanche la fécondité.
Puis, avant d'être navigable, Sur les grains et sur les métaux, Je fais, d'un bras infatigable, Mouvuir la meule et les marteaux.
— Parle donc, naïade charmante, Des soirs où, dans tes Ilots chéris, Vient se jouer ma noble amante, Nymphe aux champs, déesse à Paris.
Qu'importe et moulins et culture, Et troupeaux, quand, sous ces lilas, De la céleste créature Les flots caressent les appas !
La voici. Que mon luth fidèle La chante au doux bruit de tes flots.
Ne les épanche que pour elle ; Prête à ma voix tous tes échos.
Aux vils travaux de notre terre Cesse enfin de livrer ton cours; Plus pure, enivre et désaltère La poésie et les amours.
Qui parle ainsi? C'est l'âme folle D'un poëte qui, dans ce lieu, Oublie aux pieds de son idole Ceux qui travaillent devant Dieu.
1840 ET I84i
CHANSONS DE BÉRAXGER. H1