‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 35 sur 94 · LE CHASSEUR · texte numérisé non relu

LE CHASSEUR

Am :

Petits oiseaux, que j'aime entendre Vos concerts dans ces houx épais!

Votre chanson, joyeuse ou tendre, Est pour mon cœur l'hymne de paix.

Biais craignez les lacs qu'on peut tendre Le bonheur fait tant de jaloux!

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Vient un chasseur; son pas redouble.

Malgré ses chiens, point de gibier.

S'il allait de son fusil double, Faute de mieux, vous foudroyer.

Ah! maudit soit l'homme qui trouble L'écho que vous rendez si doux.

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

DE DÉRANGER. 1 il

Rien n'arrête des mains cruelles.

Las! J'ai vu des chasseurs, un jour, Abattre au vol deux hirondelles Dont je saluais le retour.

Vos chansons attendriront-elles L'enfant qui s'arme de cailloux?

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Charmants oiseaux, connaissez l'homme.

Qu'il soit boucher, soldat, chasseur, Il fusille, il sabre, il assomme, Et trouve au sang de la douceur.

Les moins cruels sont ceux qu'on nomme Bourreaux; soit dit bien entre nous.

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Bon Dieu! c'est le chasseur qui tire!

Il blesse à l'aile une perdrix.

Son chien la prend; pauvre martyre!

Le chasseur, que gênent ses cris, Lui brise la tête; elle expire.

Ce soir il médira des loups.

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

Il s'éloigne. Son œil avide

Voit un chevreuil au boni du bois.

A l'abri de l'arme perfide,

Laissez éclater votre voix.

Mais si demain, le canner vide,

Il passe encor près de ces houx,

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.

DE BÉrtANGEH. 145

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