‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 63 sur 94 · L'OISEAU FANTOME · texte numérisé non relu

L'OISEAU FANTOME

Ain :

La cantatrice jeune et belle S'éveille au milieu de la nuit.

Qu'a-t-elle entendu? Ce doux bruit, Est-ce un chant d'amour qui l'appelle?

Non, c'est un fantôme léger, L'ombre d'un oiseau qui l'éveille; Qui sur son lit vient voltiger, En lui murmurant à l'oreille :

Pour votre voix docile à mes leçons, - Du Paradis j'apporte des chansons. j

Je suis l'àme toujours aimante Du rossignol apprivoisé

Bis.

Par vous, et par vous tant baisé, Qu'iJ crut voir en vous une amante Que j'avais d'ardeur à chanter, Lorsqu'on rêve ou dans l'insomnie, Aux longs efforts pour m 'imiter Vous môliez les pleurs du génie!

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

Un soir où la foule charmée Semait des fleurs autour de vous, Votre singe, démon jaloux, Ouvrit ma cage bien-aimée.

Dans ses ongles me voilà pris; Ee ricanant il me déchire.

Votre gloire est sourde à mes cris; On vous couronne, et moi j'expire.

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

Mais d'ailes mon âme est pourvue.

Invisible à des veux humain-,

lhi ciel je franchis les chemins, i ourlanl sans vous perdre de vue.

Oh! que de globes je parcours, Nefs qui de l'air fendenl les ondes!

Que d'hommes, d'oiseaux el d'amours J'entends chanter dans tous ces mondes ! Pour votre voix docile à mes leçons, Jui Paradis j'apporte des chansons.

Aux pins éclatantes planètes

L'homme retrouve ses aïeux.

Sages, héros, saints, demi-dieux, Affranchis de l'ombre où vous êtes.

['lus \\> en sont loin, plus s'accroît L'intérêt qu'à leur âme inspire !. destin de ce globe étroit,

imble hameau d'un vaste empire.

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

L'homme, peuplani l'infini même, De l'amour doit former les nœuds

Entre ces astres lumineux

Émanés du soleil suprême.

En des temps qui nous sont cachés,

Dieu resserrant son auréole,

Les mondes, enfin rapprochés,

S'éclaireront par la parole.

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

Moi, faible oiseau, je vole encore;

Des miens plus haut j'entends la voix.

Un autre ciel s'ouvre, où je vois

Du jour sans fin poindre l'aurore.

Chantres des bois, des champs, des eaux,

Forment là des chœurs de louanges.

Dieu permet aux petits oiseaux

De le chanter avec les anges.

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

Mais l'amour me fait redescendre Vers vous qui m'avez tant pleuré;

Et, chaque nuit, je reviendrai \\<r dos chants à vous apprendre, Puissent vos accords enivrants, Qu'à la terre le ciel envie, Initier les cœurs souffrants Aux merveilles d'une autre vie!

Pour votre voix docile à mes leçons, Du Paradis j'apporte des chansons.

Bis.

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