‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 73 sur 94 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Ain :

In bon vieillard consultait une sphère.

A rêver vingt fois il se prend.

Vient un savant qui le regarde faire,

Et dit tout haut: Pauvre ignorant!

Apprends de nous les secrets que tu sondes,

Si tu n'es le fou qui, dit-on, Traite de fous ceux qui pèsent les mondes

Dans la balance de Newton.

A ce propos le vieillard de sourire:

L'attraction m'a peu séduit; N'en parlons pas; mais vous, daignez me dire

Comment la chaleur se produit.

Dans tout système, un seul fait qu'on ignore

Doit tenir le doute en éveil.

Or il vous reste à deviner encore

La grande énigme du soleil.

Vos devanciers vous ont dressé l'échelle :

Montez; ils vous tendent la main.

Faites qu'à tous votre savoir révèle

Un progrès de l'esprit humain.

Qui ne connaît jusqu'au moindre cratère

Ce monde orphelin de ses dieux?

Nous n'avons plus d'inconnu sur la terre,

Il nous faut l'inconnu des cieux.

Trop longtemps l'homme à la taille du globe

De ses dieux borna la hauteur.

Creusez le ciel ; que rien ne nous dérobe

L'œuvre sans lin du Créateur.

Le mouvement part de sa main féconde :

Suivez-le, mais les yeux ouverts, Et révélez à notre petit monde

Le Dieu de l'immense univers.

Au sentiment accordez une place...

\ ces mots le savant s'enfuit.

Ce fou, dit-il, aurait besoin de glace.

Le sentiment n'est qu'un produit.

Mais le vieillard lui crie : A tort, vous dis-je,

La mécanique est votre loi; C'est Dieu lui seul, oui, c'est Dieu qui dirige

Tous ces globes où l'homme est roi.

DE RÉRANGER. 299

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