‹ Dernières chansons de Béranger de 1834 à 1851Chapitre 74 sur 94 · POUR MON ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

POUR MON ANNIVERSAIRE

Air

Je cultivais un coin de terre

Dont les ombrages m'enchantaient.

Là, quand je rimais solitaire,

Dans mes vers mille oiseaux chantaient,

Me voilà vieux; plus rien n'éveille

Ces bosquets jadis si peuplés.

En vain l'écho prête l'oreille :

Tous les oiseaux sont envolés.

Quel est, dites-vous, ce domaine?

Eh! mes amis, c'est la chanson, Où mon vieil esprit, hors d'haleine, Court battre en vain chaque buisson.

!>•' mes ans sur l'enclos modeste Les frimas sont accumulés; Pas un roitelet ne me reste.

Tous les oiseaux sont envolés.

Que le riche été se couronne Des épis que nous attendons ; Qu'à nos yeux rougisse l'automne, Plus d'oiseaux pour chanter leurs dons, En vain le printemps ressuscite Les Heurs sur nos bords consolés; Lorsqu'à chanter l'amour invite, Tous les oiseaux sont envolés.

C'est mon hiver qui les effraye ; Ils ne reviendront plus au nid.

J'en juge aux vers que je bégaye Quand l'amitié nous réunit.

Antier, toi que mieux elle inspire, Chante nos beaux jours écoulés; Trompe l'écho prêt à redire:

Tous les oiseaux sont envolés.

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