‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 11 sur 182 · DE PROFUNDIS · texte numérisé non relu

DE PROFUNDIS

MON ANNIVERSAIRE A FONTAINEBLEAU Air des Amazones.

« Quitter Paris, quitter le monde,

C’est mourir, » m’a-t-on dit cent fois.

Or, dans ma retraite profonde,

Je suis mort, du moins je le crois. (Bis.) D’un trépassé prenant le caractère,

Je tiens mon gîte aux indiscrets muré.

Me voilà donc comme à cent pieds sous terre.

Dr profundis! car je suis enterré.

Je vis en mort tranquille et sage Dans ce coin qui me va si bien;

Espérant, moi qui sais l’usage,

Que l’oubli sera mon gardien.

Mais que de moi l’amitié se souvienne Pour chaque nœud qu’avec vous j’ai serré.

A mon tombeau que souvent elle vienne.

De profundis ! car je suis enterré.

DK BÉRANGER.

Jtî conçois qu’on s'immortalise ; Pourtant cela devient banal ;

Et lettre d’ami, quoi qu’on dise, Vaut mieux qu’article de journal.

Laissons la gloire apposer son parafe Sur maint brevet par des sots délivré ; Mes vieux amis, faites mon épitaphe. De profundis! car je suis enterré.

Les morts 11e se dérangent guères ;

Venez donc sans deuil ni souci, Narguant les larmoyeurs vulgaires,

Boire au défunt qui gît ici.

Plus 11e m’arrive un soupir de colombe ; Plus un seul vers par Lisette inspiré.

L’amitié seule a des fleurs pour 111a tombe.

De profundis! car je suis enterré.

Pourtant, lorsqu’ici je m'enterre.

Ne me croyez pas devenu

Fou misanthrope ou sage austère,

Contre son siècle prévenu.

Avec le temps si mon esprit plus sombre Voyait en noir, sous un ciel azuré,

Soyez, amis, indulgents pour mon ombre.

De profundis! car je suis enterré.

De profundis! criait Lazare,

Rêveur dans la tombe endormi,

Lorsque armé d’un pouvoir trop rare, Jésus réveilla son amL [Bis.)

Au bout de l’an où tous je vous convie Pour un service à bas bruit célébré,

De profundis ! car je

Platon l’a dit : Pâme est captive Dans ce corps brut, obscur séjour, Prison véritable où n’arrive Que lentement l’éclat du jour.

Cette âme en qui tout est mystère.

Souffrant du froid, souffrant du chaud, Quand l’édifice soi t de terre,

Sommeille au fond d’un noir cachot.

Tandis qu'elle languit dans l’ombre, Nature tente un sourd travail,

Kl fait poindre dans ce lieu sombre Le jour douteux d’un soupirail.

A la lueur qui vient d’éclore.

Se créant un vaste horizon,

La pauvre âme longtemps encore Se heurte aux murs de sa prison :

Comme à Lazare, ah 1

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