‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 21 sur 182 · LA LEÇON D’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA LEÇON D’HISTOIRE

Air. du ballet des Pierrots.

Le grand captif à Sainte-Hélène, Souffrant, promenait son ennui.

Un enfant, de fleurs la main pleine,

Pour le fêter court après lui.

Napoléon s’assied, l’embrasse :

« Viens, lui dit-il en soupirant;

Le mien sans doute a même grâce.

Viens sur mon cœur, fils de Bertrand.

« — Mon fils, que te fait-on apprendre?

— Sire, l’histoire; et, ce matin,

Mon père en français m’a fait rendre Sur Rome un passage latin.

— Et noire histoire, on l’abandonne !

Si grands qu’aient été nos aînés,

La France, enfant, vaut bien qu’on donne Son lait de mère aux nouveaux-nés.

« — Oh ! sire, je sais notre histoire.

J’ai lu les Gaulois nos aïeux;

Les Francs, Clovis et la victoire Qui lui fit abjurer ses dieux. ’

Avant qu’il eût fondé le trône,

Combien j’admire, en ces temps-là.

Geneviève qui lait l’aumône Et sauve Paris d’Attila.

« J'ai lu les Sarrasins d’Espagne,

Que Martel remplit de terreur;

Les conquêtes de Charlemagne,

Salué dans Home empereur; Philippe-Auguste et les croisades,

Et de fers saint Louis chargé :

liéi •os qui soigne les malades,

Roi qui pleure avec l’affligé.

« — Mon tils, c'est le plus honnête homme Qui d'un peuple ait dicté les lois.

Nomme à présent nos guerriers, nomme Les plus fameux par leurs exploits.

— Bayard, Coudé, Guesclin, Turenne,

Sire ; mais ce qui doit toucher,

C’est Jeanne d’Arc, lorsqu’on la traîne Pour mourir au feu d’un bûcher.

« — Ah! mon enfant, ce nom réveille Le plus beau souvenir français.

De son sexe elle est la merveille Dans les combats, dans son procès !

D’un ange éblouissant mirage,

Jeanne, échauffant tout de sa foi,

Fille du peuple, a fait l’ouvrage Où succombaient nobles et rois.

« Née aux champs, d’art et de science Un rayon d’en haul lui tint lieu;

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