‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 29 sur 182 · PETIT BONHOMME · texte numérisé non relu

PETIT BONHOMME

A MON VIEIL AMI LAISNKY Qri m'écrivait : « petit uoniiomme vit encore »

Air du vaudeville de la Petite Gouvernante.

Petit. iHHihomme vit encore.

Eh! pourquoi ne vivrait-il pas,

Quand maint sol, quand mainte pécore, Echappent cent ans au trépas?

Envie et haine, il vous ignore;

Fortune, il rit de tes appas.

Petit bonhomme vit. encore.

Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?

Il vit encor, petit bonhomme.

Eh! pourquoi 11e vivrait-il pas?

S’il ne peut plus mordre à la pomme Qn'Adam a greffée ici-bas,

* Celte chanson n’est pas digne de l’impression, mais je la garde comme le dernier souvenir d’une vieille amitié. (Note de Béranger.)

DE B K HA Mili U.

Il n’en dort pas moins diin bon somme, N’en fait pas moins quatre repas.

11 vit encor, pelit bonhomme.

Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?

l’élit bonhomme vit encore.

Eh ! pourquoi ne vivrait-il pas?

Au Parnasse, dès noire aurore,

C’est lui qui m’a marqué le pas.

Qu’un siècle et plus sa voix sonore Chante aux enfants leurs grands-papas!

Petit bonhomme vit encore.

Eh! pourquoi ne vivrait— il pas?

il vit encor, pelit bonhomme.

Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?

Quand des hivers s’accroît la somme,

On rêve à ses jeunes ébats.

Plus d’un rayon réchauffe et dore Le vieux pin chargé de frimas.

Petit bonhomme vit encore.

Eh! pourquoi ne vivrait— il pas?

Si

LE TAMBOUR-MAJOR A UN JEUNE CRITIQUE Am : Ainsi jadis un grand prophète.

Eh quoi ! jeune et docte critique,

Vous recourez à mes avis î

Soit ! je prends le ton dogmatique,

Contre le faux goût je sévis.

11 se peut qu'au but je ramène Quelque esprit las de ses écarts.

Maint aveugle a tiré de peine

Des gens perdus dans les brouillards \

Combien je hais la vaine pompe De tous nos vers retentissants !

Faut-il qu'ainsi l'on te corrompe,

O langue si chère au bon sens !

Si lu subis la loi hautaine De tous nos bruyants novateurs,

Bientôt Racine cl la Fontaine Auront besoin de traducteurs.

Notre muse dévergondée,

Refaisant le monde à l'envers,

* Ce sont des aveugles qui souvent servent de guides aux étrangers pendant les jours de brouillards, si sombres et si fréquents en Hollande. (N oie de Ucramjcr.)

DE BÉRAÎSGElt.

sr»

Sous sa forme écrase l'idée,

De pluriels boursoufle ses vers.

Admirez ses monstres féroces, Ses vésuves, ses océans,

Ses héros, qui sont des colosses, Ses gloires, qui sont des néants.

L'art meurt où le goût dégénère.

Qu'un peuple ait reconquis ses droits, Il étend son dictionnaire Pour suffire à de libres voix.

Ce trésor commun nous d fraie.

Mais n'y puisons qu’avec grand soin; N’altérons pas une monnaie Que le peuple marque à son coin.

Noire langue aime le mélange

Du sublime et du familier,

Et, rebelle à tout luxe étrange,

Craint le pédant et f écolier.

Pour l’éloquence elle a des armes,

Pour l’amour de tendres échos;

Mais à qui veut tirer des larmes

Défend de torturer les mots.

Elle exige que la pensée Régne partout sans faux atours»

Voyez cette foule pressée D’enfants qu’attirent les tambours.

Là se carre un géant vulgaire, Empanaché, tout cousu d’or.

si;

Pour eux c'est le dieu de la guerre ; Vive le beau tambour-major!

Mais observez ce petit homme Si simplement vêtu là-bas.

Sur la neige il taisait un somme Quand marchaient ses nombreux soldais, il prend sa lunette, il regarde t< — C'est bien; mes ordres sont remplis, llit-il. Faites donner ma garde.

Quel est ce lieu? — Sire, Austerlitz! »

Cet homme-là, c'est la pensée,

Sans vains ornements, sans grands mots, Par la gloire récompensée Chez railleur ou chez le héros.

Qu'au bon sens la critique unie,

Des écrivains réglant l'essor,

Ne souffre plus que le. génie Se déguise en tambour-major*

1/0 F FiC ! K il

Ain fl o la Pipe de tabac.

<( Voilà les hussards; viens, Rosette; Devant la porte ils vont passer.

Ma sœur, viens; j'entends la trompette; Tiens! tiens! les vois-tu s'avancer?

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