‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 42 sur 182 · DERNIERES C 11 A NS 0. NS · texte numérisé non relu

DERNIERES C 11 A NS 0. NS

Mais laissera-t-on à cet homme Rien de son corps ayant valeur?

Sauvez de leurs mains quelque somme.

Les ingrats crieront au voleur.

Tous quatre on les entend se dire :

Que faire d'un borgne impotent ?

Voyez le dégoût qu'il inspire.

11 faut le saluer pourtant.

« — Ah! dit Maleck, j'ai l'espérance « Que, grâce à moi, dès aujourd'hui, « Sans lui faire la révérence,

« Nous pourrons passer devant lui. »

Il court, il crie : « Issa, mon père! •

« Ma femme a d'horribles douleurs.

« Prières ni soins, rien n'opère ;

« Mes yeux s’éteignent dans les pleurs.

« Je sais un remède et la dose « Qui sauva la vie au sultan ;

« Mais d’or potable il se compose « Ët de perles plein mon turban. »>

Ben-lssa promet ses oreilles.

Moch aux yeux verts vient et prétend Qu'un prêt de richesses pareilles Veut un gage plus important.

« S'il vous donnait cet œil qui brille, »

Dit Maleck. Mais l'estropié Refusa net : « Par ma béquille!

« Kst-ce trop d'un oui pour un pied?

« — Ah! pour cet œil sauve ma femme!

« Près de toi ne m’auras-tu pas?

« Jusqu'à la Mecque, oui, sur mon âme, « Je jure de guider tes pas. »

L’œil est donné. Prenant la somme, Tout chargé d'or Maleck s’enfuit,

S'enfuit et laisse le pauvre homme A tâtons errer dans sa nuit.

« Tu vas tomber dans la rivière ! »

Crie un passant; « j’en ai pâli.

« Issa privé de la lumière!

« Je te tiens! Viens, je suis Ali,

« Ali, ton compagnon de classe;

« Des jongleurs le plus gai, dit-on.

« Il t’offre part à sa besace;

« Il te servira de bâton. »

Contre son cœur Issa le presse.

Dieu ! voilà son bras rétabli !

Sa jambe et ses dents! quelle ivresse!

De ses deux veux il voit Ali.

Même il voit les pâles visages Des quatre amis au cœur affreux, Privés chacun de l’un des gages (lue naguère il donnait pour eux.

Dans l’air apparaît le Génie :

« Mon fils, jouet de ces ingrats,

« Vois leur méchanceté punie :

« A toi l’or que tu leur livras.

« Qu’au bon Ali cet or profite;

« Vous vieillirez ensemble. Adieu !

'< Faire le bien à qui mérite,

« C’est mériter deux fois de Dieu. »

Le couple heureux, famé attendrie, Des quatre infirmes demi-nus S’éloigne, et Ben-lssa s’écrie :

« Ah! que de pleurs j’ai retenus! j « Ali, porte-leur en cachette « Du riz, du miel et des habits.

« Qu’ils s’amendent! Par le Prophète «< Caillou touché devient rubis. »

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