‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 44 sur 182 · A UN AMI · texte numérisé non relu

A UN AMI

Xir du vaudeville de la Petite Gouvernante.

Mon vieil ami, dans ma retraite,

Près des bois, demain, je t'attends.

Viens faire un dîner de cliambrette, Connue aux jours de notre printemps.

* Pigeons, colombes, tourterelles, après un mûr examen, no répondent nullement à l’idée qu’on s’est faite de leur constance en amour, m’ont assuré des observateurs scrupuleux, entre autres plusieurs dames. I.a poésie seule, toujours disposée à entretenir les vieilles erreurs, fait encore de ces oiseaux des symboles de lidclité matrimoniale.

Quant au papillon, sans doute parce que les anciens en ont fait la représentation de l'aine humaine, la poésie l’a accusé et l’accuse encore d’inconstance : c’est une calomnie. Ces jolis insectes vivent, sans promiscuité, dans une union conjugale dont les hommes donnent trop peu d’exemples. Au milieu d’un essaim de leurs pareils, le mâle cherche toujours l’objet de son unique et premier choix. Un petit papillon blanc est surtout remarquable par l’intimité de chaque couple. Voyezvous l’un des deux; l'autre est tout près, soyez-en sûr. Dans leur vol, ils ne s’écartent que pour se rapprocher. C’est en les observant que j’ai conçu l’idée de rétablir leur réputation, au

Nous jaserons de mainte chose :

Des gens de cour, de l'émeu tier;

Des vers et surtout de la prose,

Reine aujourd’hui du monde entier.

Puis nous parlerons de la guerre :

L’aurons-nous? ne l'aurons-nous point?

Sur le journal, je ne vois guère Que des rois nous montrant le poing Tout en prévoyant des batailles,

De pitié pourtant je souris Quand je pense aux tristes murailles Qui vont emprisonner Paris.

Ah! pour sauver la ville sainte, Fiez-vous au peuple d'en bas;

Que, bien armé, dans son enceinte,

Il veille et reste l'arme au bras.

Quel traître devant ses cohortes,

Paris bien ou mal retranché.

Oserait en livrer les portes,

Fût— il Talleyrand ou Fouché?

Guerroyer lut notre manie ; Mais aujourd’hui je reconnais Qu'on doit mater la félonie De l’oppresseur des Polonais.

risque de contraindre l’École de Fourier de donner un aulre nom à la passion que le maître a appelle la papillonne, ['Soir de Béranger.)

Non moins félon, l'Anglais si rogne Voudrait bien, encor cette fois,

Nous endormir avec la drogue Qu’il no peut plus vendre aux Chinois.

Anglais, bien que nous tromper serve A désennuyer ton orgueil,

Mieux vaudrait voguer de conserve :

Tu dois craindre plus d’un écueil Tes possessions, que sont-elles?

Des cerfs-volants que tient ta main. L’aquilon rompra leurs ficelles.

Prends garde : il peut souffler demain.

Qu'avec honneur nous lierre encore La Paix, mère de tous les biens.

Dans les camps pourraient nous éclore De trop redoutables soutiens.

La gloire est là si despotique!

Nul éclat au sien n’est pareil.

0 liberté ! ton arbre antique Droit mieux à l'ombre qu’au soleil.

Ami, qu'en dit-on à la ville?

Réponds, écho digne de foi.

Dans les bois que l’automne épile, Viens-en deviser avec moi.

Viens, tandis qu’un peu de feuillage Du froid cache encor le retour.

Ah! qu'il est loin, cet heureux âge Où nous ne parlions que d’amour!

DE DK H A N», Eli.

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