DK R NI ÈRES CHANSONS
Tais un prêtre, en citant Horace,
Me dit : « J ai du vin renommé;
Venez dîner sur mon Parnasse,
Coteau que Flore a parfumé. »
Chez ce curé, rimeur classique,
A table je me vois assis .
Fntre Momus, fils de FAt tique,
Et Jupiter aux noirs sourcils.
Tout FOiympe dîne à la cure :
Phœbus mange en auteur glouton, Neptune trinque avec Mercure,
Bacchus rit au nez de Plu ton.
Si Minerve est toujours bégueule,
Vénus, qui tient Mais aux arrêts,
De champagne arrose la meule Où l’Amour dérouille ses traits.
« Dieux puissants, leur dis-je après boire, A vos atours secs et mesquins,
En vous, des vieux peintres d’histoire Je crois voir tous les mannequins.
* Las! Nos vainqueurs, faisant ripaille, Répondent-ils, depuis vingt ans,
Ont mis l’Olympe sur la paille.
Encor si c’était des Titans ! »
Mais silence ! Apollon s'enflamme,
Le dieu dit . « Monsieur le curé,
DE RÉRANGER.
i sr;
Pour TOlympe, dont je suis lame,
Ne chantez plus Miserere.
« Les doigts de rose de l’Aurore Vont enfin nous rouvrir les deux.
Ce qui fut doit renaître encore :
Les morts ne sont jamais trop vieux.
« Curé, par un retour de mode,
Troquant l’excès contre l’abus.
Vous remonterez d’ode en ode.
Du galimatias au phœbus.
« C’est nous que la sculpture invoque;
La peinture nous reviendra.
Rentrons, pour illustrer l’époque,
Dans les gloires de l’Opéra.
« La harpe et la mythologie
Vont saper un Pinde ostrogoth:
Pour nous ont combattu l’orgie.
Le laid, le trafic et l'argot.
« Déjà meurt l’école nouvelle;
Déjà Satan bâille et s'en va.
Viens, Jupin, du liant de l'échelle Voir dégringoler Jéhovah.
« A nous si l’ennemi s’oppose,
Passons, sans crainte de revers.
Entre 1rs vides de la prose Et le vide plus grand des vers.
D l.ll.M KHKS CHANSONS
« Que de bourreaux en prose, en rimes Que de meurtres qui font pitié!
Muses, vite, à travers ces crimes Passez sur la pointe du pied.
« b race aux doctrines éclectiques,
En France* on doit s’entendre au mieux A redorer les basiliques,
A rebadigeonner les dieux.
« Las de notre long ostracisme,
Paris va nous tendre les bras; il prouve assez son atticisme Par le cortège du bœuf gras.
« Le Bon Sens, à notre passage.
Dira : Puisque je n'y peux rien.
Vivent les dieux! Qu’importe au sage JPélre à la fois juif et païen !
« En avant l’Olympe homérique !
Vieux Pégase, accours, et je par s.
Mais respect à la politique !
Ici laissons Neptune et Mais.
« — Ah! dit le curé, sur tes traces, Phœbus, nous louchons à nos fins.
L hantez, Amours, Muses et Grâces :
Faites la barbe aux Séraphins. »
Rien ne s’en va qui ne revienne,
Sinon toujours, au moins trois fois :
Des Jésuites qu’il vous souvienne; O 11 ü vous souvienne aussi des rois.
LES PAPILLONS
Vu» : l ne lilie est un oiseau.
La grand’mère, au temps jadis, Hépélait à la fillette :
« Prie, enfant, car tu grandis ;
Le diable est là qui te guette.
Point de jeux trop séduisants.
Je suis vieille, on doit nie croire.
Viens d'une àme de douze ans,
Ma fille, écouter l’histoire.
Crains le diable; mais erois bien j Que l’Enfer vaut mieux que rien. j
« D’un village mis à sac Le diable emportait les âmes.
Il en avait un plein sac,
Qu’il allait jeter aux flammes.
Las du fardeau, lui, si fort.
S’est assis sous une treille.
La main au sac, il s’endort ;
Car Dieu permet qu’il sommeille.
Crains le diable; mais crois bien Q te l’Enfer vaut mieux que rien.