‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 127 sur 149 · LE DON VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE DON VIEILLARD

Notf. I.XXII. — Au rets

J'ai bu jadis avec le bon Panard.

Panard esl un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la chanson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poëte. Panard se meut dans un cercle d'idées très-étroit, et il ne fit jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau. Gallet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Marmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, grâce à une douce indifférence, ce chansonnier dut vivre heureux. [Note de Béranyer.)

Voici un extrait curieux du livre IV des Mémoires de Marmontel que cite Bêranger. (Note de l'Éditeur.)

« Ce vaurien (Gallet) était un original assez curieux à connaître,

« C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s'était déjà ruiné lorsque je le connus. 11 était hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.

Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, logé au « Temple des mémoires.» Quand son hydropisie fut sur le point île l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer l'extrème-onction : « Ah! monsieur l'abbé, lui dit-il, vous venez " me graisser les bottes; cela est inutile, car je m'en vais par « eau. » Le même jour il écrivit à son ami Collé, et, en lui souhaitai! I la bonne année par des couplets sur l'air : Actompaqvé de plusieurs mitres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

Ile ces couplels soyez content :

Je vous en ferais bien autant.

Et plus qu'on ne compte d'apôtres .

Mais, cber Collé, voici l'instant Où certain fossoyeur m'attend, A(;compasné de plusieurs autre-.

•Jii.N MU KS

Le bonhomme Panard, aussi insouciant qui' son :11m. aussi oublieux du passée) négligent de l'avenir, avait plutôt dans son infortune la tranquillité d'un enfant que l'indifférence d'un philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de se vêtir, ne le re gardait point : c'était l'affaire de ses amis, et il en avait d'assez hons pour mériter cette cdhflance. Dans les mœurs comme dans l'esprit, il tenait beaucoup < 1 1 1 naturel simple et naïf de la Fontaine, .laioais l'extérieur n'annonça moins de délicatesse; il en avait pourtant dans la pensée et dan- l'expression. »

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