‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 42 sur 149 · PANTHEISME · texte numérisé non relu

PANTHEISME

\ I Si \ M ■ I l \ PROPH ETE SAINT-SIMOME.N Vin de la Pipe de tabac,

Saliil el gloire, ô îiiim prophète '.

Ton Iront rayonne, et devant toi Tombe le Christ, dont la défaite

Va nous valoir une autre loi.

Toi qui sais Dieu, l'homme el notre âme,

Prends ma table pour Sinaï :

Parle, et ta loi, je la proclame

Au bruit de vingt bouchons d'aï.

Chantons un hymne à la matière,

Que tu rétablis dans ses droits.

Ta loi l'institue héritière De tous les cultes à la fois.

Le pape en déchire sa robe, Mahomet n'a plus feu ni lieu.

Vivat '. nous verrons sur le globe Ton dieu régner, s'il plaît à Dieu.

IJi DERNIERES CH \ NSONS

Tu divinises la nature :

Epicure autrefois l'osa.

Lucrèce a lente l'aventure

Dont l'honneur resle à Spinosa.

Finis la statue ébauchée :

Rends-la plus belle, orne-la mieux.

(Test la matière endimanchée Qu'un panthéisme ingénieux.

Mais, vienl dire \\n vieux moraliste, La matière a vaincu sans vous.

Reine de notre âge égoïste, Nous lui devons mœurs, luis el uoùi Pour faire action méritoire, Mieux vaudrait, apôtres nouveaux , Enrayer son char de victoire Due d'aiguillonner ses chevaux

Votre Dieu, disent les sceptiques, S'il vil en nous, à l'être humain Dut montrer, <\<'+ les temps antiqui Le but, la borne et le chemin.

En vain (loue la raison s'éveille; Au progrès l'homme aspire à lorl ; Il essaime comme l'abeille, Il hàiit comme le castor.

Le poète qu'un souille agite

lirie : Eh quoi ! l'âme, à noire morl

Sans mémoire, de ijile en gîte, Entre au hasard, pleure el puis sorl

Prostituée el vagabonde, Quoi! cette âme, esclave ici-bas, N'a point de ciel où fuir un monde Qu'elle sent crouler sous ses pas!

Le Très-Haut, t'écrit un sainl prêtre, Roi des cieux, es1 notre soutien.

lie Dieu seul à tout donna l'être; Tous les germes sont dans le tien.

A l'un on va par la pensée:

Vivants ou morts, l'autre est en nous.

De rmi l'âme est la fiancée :

Ile tous les corps l'antre est l'époux.

Prophète, ces gens déraisonnent.

Ils prédiront, clans leurs regrets.

Qu'an sol où les tyrans moissonnent Ton culte fournira l'engrais.

Plus d'un républicain le pense.

Aveugle qui préfère encor Au panthéisme à large panse Le mysticisme aux ailes d'or.

Ne connais-tu pas Don Quichotte'' Voilà l'esprit pur, lance au poing.

Son écuyer boit, mange et rote :

I l'est la chair en grossier pourpoint.

Pour que Sancho nous moralise.

Entre la broche el le cellier.

Sous les dalles de nuire église Enterrons le preux chevalier.

Gloire au grand Pan ! qu'il ><»ii fétiche, Loup, bœuf, ilii-. singe, éléphani :

Qu'il soit cel Olympe si riche En symboles ii'iui monde enfant.

Qu'il soil Phallus ! Vois, ù mon maître Les fêtes qui vonl avoir lieu.

!)<• ton Dieu que de dieux vonl nailre! Puisqu'il esl tout, tout sera Dieu.

AVIS \n. : Ce magistral irrcprocbabli*.

Bonheur, faut-il que je finisse Sans t'avoir jamais rencontré? * Disait, mouranl dans un hospice, In pauvre obscur, quoique lettré.

In doux fantôme à lui se montre :

k Je suis le Bonheur; oui, c'est moi.

Sans s'en douter, tel nie rencontre Uni me suppose un train de roi.

(i Tu in";is vu .jadis au village.

Ta Suzette, qui t'aimait tant, C'était moi ; niais le mariage Effraya ton cœur inconstant.

Favori d'une châtelaine, Tu délaisses, lier de ses lac-;, Le bonheur en jupe de laine Pour les plaisirs en falbalas.

DE DERANGER. 129

« C'était moi, la tante si sage Qui t'eûl légué, connue à son fils, Au prix d'un court apprentissage, Négoce, labeurs et profits.

Le travail n'a pas qu'un mobile Un noble but peut l'animer.

Sois, (lis-je. un citoyen utile :

Tu me réponds : Je veux rimer.

« C'était moi, lorsque l'indigence Déjà fustigeait ton penchant, Ce vieillard rempli d'indulgence Qui t'offrit sa fille et son champ.

Des cités l'ombre est délétère :

D'air pur, ici, viens l'enivrer, T'ai-je dit ; cultive la terre.

Tu réponds : Je veux l'éclairer.

m Devant tes pas fuyait la gloire; Moi, sans bruit, tapi dans un coin.

Souvent encor, tu peux m'en croire, .le t'ai l'ait des signes de loin.

.Mais à tes erreurs plus de trêve, Kl, sans m'accorder un coup d'œil, Tu cours au galop de ton ré\e, Oui te jette au bord du cercueil. »

L'homme s'écrie : « Ali! plus de doute! Oui, Bonheur, mon orgueil à jeun T'a traité parfois, sur sa roule.

Comme un mendiant importun,

DEB NIE RE S CH \.\sO.\s

Mais Dieu veul qu'aujourd'hui je meur< Puisque enfin je te trouve ici.

Notre dernière heure esl ton heure.

\ ii'ii- me fermer les veux. Merci ! »

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