‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 64 sur 149 · LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE

« Ses dous jamais n'ont fécondé nos grèves, l'ange.

Non; mais sais-tu combien sur le malheui Elle a versé d'espérance et de rêves ; Combien versé de baume à la douleur!

Le pauvre, en songe, atteignait aux délices Des |)lus grands rois : Dieu peint ne le défend, Ce Dieu qui sait de quoi pleure l'enfant, Et qui bénit le doux chant do nourrices » Sous un ciel sombre et les vents et les Ilots Poussent au loin de funèbres sanglots.

« Vient un savant que la vapeur amène.

La fée en rose était changée alors.

Il s'en saisit, l'effeuille; ô phénomène!

ï>m doigt la tue : à ses pieds roule un corps,

Un corps de vierge à la beauté divine

La mer, dit-il, jusqu'ici l'a jeté.

Car la science, aveugle inajeslé,

Ne croit à rien qu'au peu qu'elle devine »

Sous un ciel sombre et les vents et les (lots

Poussent au loin de funèbres sanglots.

« Le savant passe. Elle, aux concerts célestes,

Moue en esprit, et d'énormes oiseaux Viennent creuser une fosse a ses restes.

Va croître un if où dormiront ses os.

Sur les débris d'un antique trophée, Ombre immortelle, un barde en ce moinenl Apparaît là : Guerrier, poêle, amant,

DE BERANGER. nr,

Pleurez, dit— il : vous n'avez plus de fée. » Sous un ciel sombre et les vents et les llols Poussent au luin de funèbres sanglots.

« Je vois dans l'air tous les dieux de l'Attique ; Tous ceux du Nord, du Nil et de l'Indus. lies vieux parents de la vierge celtique Vont l'entourer d'honneurs qui lui sont dus. Prêtre, ainsi qu'eus du ciel favorisée, Elle eul pour sœur la vierge que tu sers. Dieu brille au fond de vos cultes divers. Connue l'aurore aux gouttes de rosée. » Sous un ciel sombre et les vents el les Ilots Poussent au loin de funèbres sanglots.

LE l'IiÈïRE.

« Mais de son culte a peine a-t-on mémoire .

Contre l'oubli Dieu défend ses desseins. »

l'ange.

« D'un Empyrée elle eut sa part de gloire, Temples, autels, prêtres, martyrs et saints, Longtemps par elle a surnagé la race Des nations que lui soumit le sort.

Né de leur sang, vieux Breton, plains sa mort, Dernier soupir d'un monde qui trépasse. » Sous un ciel sombre et les vents et les (lots Poussent au loin de funèbres sanglots.

LE PRÈTKE.

« Quoi ! pur esprit, vous allez sur sa tombe Vous joindre aux dieux, mensonges du passé? »

i lil.l; N1ERES I II \ \SONS

l'ange.

» Hors le grand Dieu, lu le vois, tout succombt Crains pour le temple où la foi t'a bercé. A les ;iulcls si déjà l'homme insulte, Prêtre, à la fée accorde quelques pleurs El viens m'aider à suspendre ces fleurs Sur l'humble lusse où descend toul un culte. » Sous un ciel sombre e1 les vents el les ilôts Poussent au loin de funèbres sanglots.

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