‹ Dernieres chansons de P.J. de Béranger, 1834 a 1851, avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 65 sur 149 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Un bon vieillard consultai! une sphère.

A rêver vingt Ibis il se prend.

Vient un savant qui le regarde faire.

Et dit tout haut : « Pauvre ignorant ! Apprends de nous les secrets que lu sondes,

Si tu n'es le l'on qui, dit-on, Traite de Tous ceux qui pèsent les inondes

Dans la balance de Newton. »

A ce propos le vieillard de sourire

« L'attraction m'a peu séduit.

.N'en parlons pas; niais vous, daignez me diri

Comment la chaleur se produit.

Dans tout système, un seul fait qu'on ignore

I»E BER VNGER. 195

Doit tenir le'doute en éveil.

Or il vous reste à deviner encore

La grande énigme du soleil.

« Vos devanciers vous oui dressé l'échelle

Montez; ils vous tendent la main.

Faites qu'à tous votre savoir révèle

Un progrès de l'espril humain.

Qui ne connaît jusqu'au moindre cratère

Ce monde orphelin de ses dieux?

Nous n'avons plus d'inconnu sur la terre

Il nous^faut l'inconnu des deux.

« Trop longtemps l'homme à la taille du glohe

De ses dieux borna la hauteur.

Creusez le ciel; que rien ne nous dérobe

L'œuvre sans fin du Créateur.

Le mouvement part de sa main féconde :

Suivez-le, mais les yeux ouverts, El révélez à notre petit monde

Le Dieu de l'immense univers.

« Au sentiment accordez une place... »

A ces mois le savant s'enfuit.

« Ce fou, dit-il, aurait besoin de glace.

Le sentiment n'est qu'un produit. »

Mais le vieillard lui crie : « A tort, vous dis-je,

La mécanique est voire loi ; (Test Dieu lui seul, oui, c'est bien qui dirige

Tous ces globes où l'homme est roi. »

I9fi HF.I! Ml RES i II UHSONS

PLUS D'OISEAl'X POTJB MON \ NNIVERS \ 1 1; I

Ain : Ainsi jadis un grand prophète.

Je cultivais un coin de terre

Dont les ombrages m'enchantaient.

Là, quand je rimais solitaire,

Dans mes vers mille oiseaux chantaient, Me voilà vieux; plus rien n'éveille Ces bosquets jadis si peuplés.

En vain l'écho prèle l'oreille :

Tous les oiseaux sonl envolés.

Quel est, dites-vous, ce domaine?

Eh! me-- amis, c'esl la chanson, Où mon vieil esprit, hors d'haleine,

Court battre en vain chaque buisson.

De mes ans sur l'enclos modeste Les frimas sonl accumulés; Pas un roitelet ne me resté.

Tous les oiseaux sont envolés.

Que le riche été se couronne Dos épis que nous attendons :

Qu'à nos yeux rougisse l'automne, Plus d'oiseaux pour chanter leurs dons

HE BÉK VNGER. I«,i7

En vain le printemps ressuscite

Les fleurs sur nos bords consolés :

Lorsqu'à chauler l'amour invite.

Tons les oiseaux sont envolés.

C'est mon hiver qui les effraye; Ils ne reviendront plus au nid.

J'en juge aux vers que je bégaye Quand l'amitié nous réunit.

Antier, toi que mieux elle inspire, Chante nos beaux jours écoulée ; Trompe l'écho prêt à redire :

Tous les oiseaux sont envolés.

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