‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 19 sur 136 · ÎL N'EST PAS MORT · texte numérisé non relu

ÎL N'EST PAS MORT

Air des Trois Couleurs.

A moi soldat, à vous gens de village,

Depuis huit ans on dit : « Voire Empereur

« A dans une île achevé son naufrage :

« 11 dort en paix sous un saule pleureur. »

Nous sourions à la triste nouvelle.

0 Dieu puissant qui le créas si fort,

Toi qui d'en haut Tas couvert de ton aile,

N'esl-ilpas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Lui, mort ! oh! non. Quel tremblement de terre, Quelle comèle annonça son trépas?

Croyons plutôt que la riche Angleterre Pour le garder a manqué de soldats.

Les étrangers qu'épouvantait sa gloire Feignent en vain de déplorer son sort ; En vain leurs chants exaltent sa mémoire, N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

* L'idée qui a fait faire coAlc clianson a l)ien longtemps régné au fond de nos campagnes et même parmi les classes ouvrières des villes. Peut-être même trouverait-on encore, dans quelque province, des individus qui conservent ceKp superstition populaivc, (Nqte 4^ Bçrajiger.)

DE r. ÉRAAGEn. 65

Il partagea deux fois mon pain de seigle,

Et de sa main il m'atlacha la croix ;

J'ai toujours vu, moi qui portais son aigle,

La mort en lui respecter notre choix.

Et des Anglais auraient cloué sa bière !

Et de sa tombe il défendrait Tabord !

Et sous leurs pieds ils deviendraient poussière !

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort ?

Nous, ses enfants, nous savons qu'un navire

A ses geôliers nuitamment l'a ravi ;

Que, depuis lors, dans son immense empire,

Déguisé, seul, il erre poursuivi.

Ce cavalier de chétive apparence,

De la forêt ce braconnier qui sort.

C'est lui peut-être : il vient sauver la France.

N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Mais dans Paris, parmi le peuple en fête. J'ai cru le voir; je l'ai vu : c'était lui. De la colonne il contemplait le faîte.

Ému, troublé, je cours; il avait fui.

Reconnaissant un vieux compagnon d'armes. Si de ma joie il a craint le transport. Pour se cacher ma joie avait des larmes. N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Un matelot, qui connaît l'Inde esclave.

Pour nous servir veut qu'il y soit passé. 11 mène au feu le Mahratte si brave.

Et des Anglais l'empire est menacé.

m DEP.^'lKRES CHANSONS

Courant, volani, foudroyant des murailles, Oui, de l'Asie il revient par le nord. Hélas! sans nous quMl livre de batailles! N'est-il pas vrai, mon Dieu, qu'il n'est pas mort?

Des nations chacune a sa ^^ouffrance :

11 manque un homme en qui le monde ait foi. r/est lui qu'on veut; rends-le vile à la France; Mon Dieu, sans lui je ne puis croire en toi. Mais, loin de nous, sur des rochers funestes, Dans son manteau si pour loujours il dort. Ah ! que mon sang rachèie au moins ses restes ! N'est-il pas vi\ai, mon Dieu, (ju'il n'est pas morl?

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