‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 20 sur 136 · MADAME MERE · texte numérisé non relu

MADAME MERE

Air :

La noble dame, en sou palais de Rome, Aime à filer; car, bien jeune, autrefois, Elle filait en allaitant cet homme ()ui depuis l'entoura de reines et de rois.

' Madame Lœlitia Bonapailo, qu'au temps de TEmpiro on ai.pelail Madame Mère, habitait à Rome un palais, U; seul qui ne fût pas illuminé lors des fêtes données par le pape à l'empereur Vrançois , père de Marie-Louise. Devenue presque aveugle. Madame s'occupait à fdor, usage do sa jeunesse, m'al-on dit, et de> femmes corses, môme d'une condition élevée.

Knlourée du respect do tous, elle avait avec elle une vieille

DE DERANGER. G7

Près d'elle, assise, est la vieille servante Qui, nouveau-né, le reçut dans ses bras. \u bruit de leurs fuseaux elles disent : Hélas ! Que la fortune est décevante!

Madame attend un message de Vienne.

Fils de son fils, elle te sait mourant.

« A son chevet point de mère qui vienne t( Veiller, prier, pleurer, di'-elle en soupirant.

(( J'ai vu la mort fuir aux cris d'une mère :

<( Mais lui, né roi, le pauvre infortuné, i( A nos vainqueurs d'un joui' otage abandonné, « Meurt de la gloire de son père!

« Sans cette gloire, ali! le père lui-même « Vivrait encor, soleil de mes vieux jours. « Un ancien roi, privé du diadème,

« Vingt ans et plus du sort peut rêver les retours ; « Mais de son char qu'un victorieux tombe," « Soudain les lois, qui se prosternaient tous,

« Courent, sans prendre temps d'essuyer leurs genoux (( Du pied le pousser dans la tombe.

(( Dieu l'éleva si haut, qu'un noir présage (( Saisit mon cœur pour ce fds bien-aimé. « Dieu, disait-on, dans ce héros, vrai sage, « Au vieux mondt^. croulant donne un Messie armé :

borvante d'Ajaccio, qui l'avait aidéo à (''lover ses nombreux enfants, et qui jouissait de rintiniité due à un si long attachement. {ISotr (le Béranger.)

68 DEUNIERES CHANSONS

i( Mais, tout le temps de Tincessante lutte « Où son génie étonna Tunivers, « Tremblante, je veillais, tenant les bras ouverts « Pour le recevoir dans sa chute.

« Napoléon, sous le toit de tes pères, -

t( Ton premier âge à flots purs s'écoula.

« Tu m'aimais tant! Ah! chéri de tes frères, « Adoré de tes sœurs, que n'as-lu vieilli là !

« Là de tes fds Dieu bénirait le nombre ;

« J'y vois à peine, ils guideraient mes pas ; « El là du moins nos pleurs (où ne pleure-t-on pas"^) « Moins amers couleraient dans l'ombre.

« Ton fils sans doute, en longues rêveries, « Vers son berceau qu'entourait tant d'amour « Revole encore, et dans les Tuileries

« Voit ses hochets mêlés aux splendeurs de ta cour. « Bien jeune instruit par sa mère elle-même « Que pour les rois il n'est pas de saints nœuds,

« Son cœur aura surpris des souvenirs haineux « Sur les lèvres de ceux qu'il aime.

« Vierge Marie, ah ! tenez lieu de mère « A cet enfant qui m'a souri si beau. (( L'unique vœu de ma vieillesse amère,

« C'est à sa piété de devoir un tombeau. « Et, s'il se peut, fils et Français fidèle, (( Sans être roi, ni vengeur ni vengé,

(( Que dans Paris un jour l'enfant rentre chargé « De la dépouille paternelle. »

Mais on annonce un messager de Vienne.

« Madame, il pleure, il est vêtu de deuil. »

Elle sait tout ; il faut qu'on la soutienne ; Elle semble à genoux prier sur un cercueil.

« Pauvre orphelin, objet de tant d'alarme^ »

Dit-elle enfin après un long effort, « Adieu ! Fenfant n'est plus ! Ah ! tout mon fils est mort, « Hélas! et je n'ai plus de larmes. »

Des simples chants que ton grand nom m'inspire.

Napoléon, c'est ici le dernier.

Républicain, s'il a blâmé l'Empire, Sur ta chute et tes fers pleura le chansonnier.

Pour réveiller notre France abattue,

J'exaltai l'homme, et non le souverain.

Puisse la main du peuple incruster dans l'airain Mon nom au pied de ta statue !

PIX-NEUF AOUT

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