‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 25 sur 136 · UNE IDEE · texte numérisé non relu

UNE IDEE

Ain : Soii' et matin sur la iout;ôic.

Des maux présents Eàme obsédée, Je rêvais en vrai songe creux, Quand devant moi passe une idée.

Une idée! Oui, bourgeois peureux.

Celle-ci, messieurs, jeune et belle, Est faible encor; mais je prélends.

Si le bon Dieu prend pitié d'elle, La voir grandir en peu do temps.

Je lui crie : « — Où vas-tu, pauvrelle? Maint gendarme t'attend là-bas; Des moucbards la foule te guette; Le commissaire suit tes pas.

- - TanI de peine qu'on leur voit prendie. Dit-elle, accroît l'espoir que j'ai :

Du peuple ils me font mieux comprendi'e : C'est un conjmentaire obligé.

« — Moi (jui suis vieux, pour loi je tremble:

Ou va te barrer le cbeniiu.

Vois ces bataillons qu'on rassemble.

Ces escadrons le sabre en main.

— Bien mieux que tambours et trompettes ïléveillant un cœur endormi,

Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez rennemi,

'( — Fuis, nion enfant; fuis, je ren prie; On détruira jusqu'à ton nom, Vois-tu venir l'artillerie?

La mèche approche du canon,

— Peut-être aussi sera-t-il nôtre, Ce canon qui fait ton effroi.

C'est un avocat comme un autre ; Il peut demain plaider pour moi.

« — Les députés t'ont prise en haine.

— Au plus fort ils donnent raison.

— Les ministres forgent ta chaîne,

— Mes ailes poussent en prison.

— Contre toi l'Église aussi gronde.

— A son encens j'aurai mon tour,

— Les rois te bannissent du monde.

■=-- Je me cacherai dans leur cour, »

Mais soudain quel affreux carnage !

Partout du sang! partout la mort!

La disciphne ôte au courage Le prix d'un héroïque -effort, ("est eu vain. Plus forte et plus calme, L'Idée, embrassant un tombeau, Au.x vaincus décerne une palme Et s'envole avec leur (lra|)eau.

yt deRiMkf.es chansons

].A COUl^ONNR RETROUVÉE.

Air :

Koi\ Dipu! (|ii(' vois-je? imc cuiiroiiiH' Dont chaque rose a plus de trente hivers î

Où, malgré rorgneil ffu'il nous «loiiiie, Sèflie un laurier peu respecté des vers. C'est un débris du lemps où ma naissanr* Elait fêtée, lu'las! comme un beau jour.

(le laurier pariait d'espérance; lies Heurs parlaient d'ainoiu'.

(Juel souvenir de ma jeunesse be sort moqueur me fait là retrouver!

0 jours de joie et de tendresse!

Nous n'étions rien; nous pouvions tout rêver Amis si gais, maîtresse folle et boime. Nul asti'e encore à mon œil n'avait liù

(Jiiand vos mains tressaient la couronne Oni m'attriste aujoiuvriuii.

Oui, ces Heurs ont paré ma télé Dans un banquet d'(>nivrante gaieté.

Un s(Md de nous doimait la fête; Ami discret, doux à ma pauvreté, bas! il n'(\>l jilus; mais j'enicnds sa pai'ole : « Chaule, dit-il, tandis ((U'^ noiis passons. »

El sa belle àme un jour s'envole Au ])ruil de nos chansons.

Et ces convives si fidèles, Au joyeux chant qui rend l'aï plus doux;

Que plus tard j'ai pris sous mes ailes, P('nsent-i!s même à moi, qui pense à Ions? Oiseaux charmants, au souvenir volage, Tous sont épars, chacun dans son enclos.

Nous n'avons plus le même onil)rag(', Plus les mêmes échos.

Et la beauté tendre et rieuse Oui de ces fleurs me couronna jadis?

Vieille, dit-on, elle est pieuse; Tous nos baisers les a-t-elie maudils?

J'ai cru que Dieu pour moi l'avait t'ait nailre Mais l'âge accourt qui vient tout effacer.

0 honte! et sans la reconnaître.

Je la verrais passer !

('elte couroiuie si flétrie Fut belle aussi le jour où je l'obtins.

Quelle âme est à ce point tarie, D'être sans pleurs poui' ses amours éteinis? Aux longs regrets la mienne s'abandonn(\ De mon bonheur unique el vain lambc^au.

Ah! que n'as-tu, pâle coui'onne.

Séché sur mon toml)enu !

f)2 DEr.MKRES CHANSONS

Page 1