A MON VIEIL AMI LAISNEY
on m'kciuvah : « i>f.tjt bonhomme vit encore '. »
Air (lu vaudeville de la Petite Gouveruanlo.
Petit bonhomme vit encore.
Eh ! pourquoi ne vivrait-il pas, Quand maint sot, quand mainte pécore, Echappent cent ans au trépas?
Envie et haine, il vous ignoi'e ; Fortune, il rit de tes appas.
Petit bonhomme vit encore.
Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?
Il vit encor, petit bonhomme.
Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?
S'il ne peut plus mordre à la pomme Qu'Adam a f,a'effée ici-bas,
* r.elle chanson n'est pas digne de l'impression, mais je la garde comme le dernier souvenir d'une vieille amitié. [IS'ole <le Béronfier.)
1)K BÉRANGEK. 85
Il ji'eii (loi'l pas moins (.ruii bon somme, N'en lail, pas moins quatre repas.
Il vit eiicor, petit bonhomme.
Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?
Petit bonhomme vit encore.
Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?
Au Paillasse, dès notre aurore, C'est hii qui m'a marqué le pas.
Qu'un siècle et plus sa voix sonore Chante aux enfants leurs grands-papas!
Petit bonhomme vit encore.
Eh! pourquoi ne vivrait-il pas?
11 vit eiicor, petit bonhomme.
Eh! pounpioi ne vivrait-il pas?
Quand des hivers s'accroît la somme, On rêve à ses jeunes ébats.
Plus d'un rayon réchaulfe et dore Le vieux pin chargé de frimas.
Petit bonhomme vit encore.
Eh! pourquoi ne vivraitMl pas?
84 DERMKRES CHANSONS
LE TAMBOUR-MAJOi;
A \ ^ .IKIJNK ClllTKjl E Aiu : Ainsi jadis un grand propliùlc.
Eli quoi ! jeune et docte critique,
Vous recourez à mes avis !
Soit! je i)reuds le ton dogmatique,
Contre le taux yoùt je sévis.
11 se peut qu'au ))uL je ramène
Quelque esprit las de ses écarts.
Maint aveugle a tiré de peine
Des gens perdus dans les brouillai'ds'.
Combien je liais la vaine pompe
\)e tous nos vers retentissants 1 -..
Faut-il qu'ainsi Ton te corrompe,
0 langue si chère au bon sens !
Si tu suljis la loi hautaine
De tous nos biuyanls novateurs.
Bientôt llachie el la Foiilaiiu;
Auront besoin de Iraductetus.
.Noire musc dévergondée, llelaisant le monde à renveis,
Ce sont dos aveugles qui souvent servent de guides aux étrangers pendant les jours de brouillards, si sombres et si fréquents en Hollande. (Noie de IJcnmfjer.)
DE Bl'UAiNGEl;.
Sous sa forme écrase Tidée, De pluriels boursoufle ses vers.
Admirez ses monstres iéi'oces, Ses vésuves, ses océans, Ses héros, qui sont des colosses, Ses gloires, qui sont des néants.
L'art meurt où le goût dégénère.
Qu'un peuple ait reconquis ses droits, 11 étend son dictionnaire Pour suffire à de libres voix.
Ce trésor connnun nous d;' fraie, Mais n'y puisons qu'avec grand soin; N'altérons pas une monnaie Que le peuple marque à son coin.
iNotre langue aime le mélange Du sublime et du familier, Et, rebelle à tout luxe étrange, Craint le pédant et l'écolier.
Pour l'éloquence elle a des armes, Pour l'amour de tendres échos; Mais à qui veut tirer des larmes Défend de torturer les mois.
Elle exige que la pensée Règne partout sans faux atoui's.
V^oyez celte foule pressée D'enfanls qu'attirent les lamlmurs.
Là se carre un géant vulgaire.
Empanaché, tout cousu d'or.
SC) 1)1- mi ERES CHANSONS
Pour eux c'est le dieu de la ^uerr-e : Vive le beau laniboui-uiajoi'!
Mais observez ce ju'lil liounne
Si simi)lerneiil vêtu là-bas.
Sui' la jieige il l'aisail un soiuuje
(Juaud niarcliaieni ses ncnubreux suldah
H |)i'end sa lunette, il regarde
(' — r/est bien; mes ordres sont remplis
Dit-il. Faites doimer ma garde.
Quel est ce lieu? — Sire, Austerlilz! "
(let homme-là, cVst la pensée,
Sans vains ornements, sans grands mol;
Par la gloire récompensée
(]liez fauteur ou chez le héros.
Qu'au bon sens la critique unie,
Des écrivains réglant l'essor,
Ne souffre plus que le génie
Se déguise en lamboiu'-major,
L'OFFlClKh
Ain do la l'ipc de tabac.
<' Voilà les hussai'ds; viens, Rosette; Devant la porte ils vont passer.
Ma sœur, viens; j'entends la Irompetle; Tiens! tiens! les vois-tu s'avancer?
DE Bi: RANGER.
Combien de brillants jeunes hommes!
Qu'ils laissent d'amours à Paris !
Nous, paysannes que nous sommes, .N'aurons point de si beaux maris! »
Devant Rose, Ijrune élancée.
Un jeune officier passe alors :
« Amis, voilà ma fiancée ; Comptez, dit-i!, tous ses trésoi's :
OEil vif, teinl rosé, fine taille.
Oui, dans un an, à pareil jour.
Je l'épouse, si la mitraille Permet de vivre à mon amour. »
Ces mots d'un fou, dits au passade, Tu les entends, car tu rougis, Rose, et, sans rien voir davantage. Tu rentres rêveuse au logis.
Depuis, Rose à part soi répète Ces mots qui lui semblent si doux; Et, chaque soir, sur sa couchette.
Pour l'officier prie à genoux.
Un an de rêves ainsi passe.
Le jour qu'il fixa brille enfin.
L'aube entrevoit Rose qui lace Pour lui son corset le |)lus tin.
N'entend-on pas (pielque bruit d'armes?
Elle écoute, sort, l'cnlre, sort; Attend, attend, el, toute en larmes, A minuit s'écrie : Il est mort'