AVIS
Air : Ce inagislrat irréprochable.
<( Bonheur, faut-i! que je finisse Sans t'avoir jamais rencontré? <> Disait, mourant dans un hosj)ice, Un pauvre obscur, quoique leltré.
Un doux fantôme à lui se montre :
« Je suis le Bonheur; oui, c'est moi.
Sans s'en douter, tel me rencontre Oui me suppose un train de roi.
« Tu m'as vu jadis au villnge.
Ta Suzette, qui t'aimait tant.
C'était moi ; mais le mariage p]ffraya ton cœur inconstant.
Favoii d'ime châtelaine, Tn délaisses, lier <lc ses lacs, Le bonheur en jup<' de laine Pour les plaisirs en falbalas.
DE BÉRANGEn. 129
« Cï'lait inoi, la laute si sage Qui t'eût légué, comme à son fils, Au prix d'un court apprentissage, Négoce, labeurs et profils.
Le travail n'a pas qu'un mobile :
Un noble but peut ranimer.
Sois, dis-je, un citoyen utile; Tu me réponds : Je veux rimer.
« C'était moi, lorsque l'indigence Déjà fustigeait ton penchant, ('e vieillard rempli d'indulgence Qui t'offi'it sa fille et son champ.
Des cités roml)re est délétéi^e ; D'air pur, ici, viens t'enivrer, T'ai-je dit; cultive la terre.
Tii réponds : Je veux réclaiier.
(( Devant tes pas hiyait la gU)ire ; Moi, sans bruit, tapi dans un coin.
Souvent encor, lu peux m'euM-roirc.
Je t'ai lait des signes de loin.
Mais à les erreurs plus de trêve.
Et, sans m'accoi'der um cou|) d'œil.
Tu cours au galop de Ion rêve, Qui te jette au hoivl du cercueil. ><
1/liomme s'écrie : « Ah! plus de doulcl Oui, Bonheur, mon orgueil à jeun T'a Irailé parlois, sur sa roul(\ Oonime mi Uiendiant iniporlun,
ir.n DERNIEHES CHANSONS
Mais Dieu veut qu'aujourd'hui je meure, Puisque enfui je te trouve ici.
Notre dernière heure est ton heure.
Viens me fermer les yeux. Merci ! »
LA PLÏÎÏE
A UN Wll
Ain :
Ami, phis de promenade, ha pluie à flots toml)e ici.
Tombe à me rendre malade ; EL le ciel n'en a souci.
(lomme au roc se cloue une huître, Q)ue la mer lave en courant.
Je reste auprès de la vitre A voir passer le torrent.
Sous nos humides murailles Que transperce un air malsain, Je crois sentir les tenailles D'un rhumatisme assassin.
A ce point Tennui me gagne, Qu'en rêve, dans mon sommeil, Je vole au fond de l'Espagne Pour me sécher au soleil.
DE HÉRAÎ^GEU. 151
Au pied d'antiques arcades, J'ai, sur ces bords étrangers.
Des tentures de grenades Sous des voûtes d'orangers.
J'y vois fuii' l'année entiéie, Loin des brouillards importuns, L'œil enivré de lumière, Et le cerveau de parfums.
Mais, las de pêche et de chasse, L'Esquimau revient joyeux Subir sous son toit de glace La plus longue nuit des cieux;
De mon rêve je m'ennuie :
Adieu, ciel pur; adieu, fleurs.
Retournons, malgré la pluie, Aux bords où j'ai tous mes pleurs.
Je reviens où, tendre et folle, Ma jeunesse a tant chanté; Où le génie est l'idole Qu'encense l'Égalité.
Dieu! notre ciel se dégage.
Ami, viens, puisqu'il sourit.
Viens, nous irons au village Voir si l'amandier fleuri! .
152 DEn.MKRES CHAÎSSOAS
lIKTOUi; A PAUIS
A MES VlEl X AMIS Ain : Ce iiiagistraL inéproclialdc.
Vive Palis, le roi du monde!
Je le revois avec amour.
Fier géant, armé de sa fronde, 11 marche, il grandit chaque jour.
Sur cet'e rive enchanteresse, Grain tombé de Thumain semis.
Je viens retrouver ma jeunesse, Retrouver tous mes vieux amis.
Que de palais! que de portiques.
D'églises, de (piais, de bazars, De théâtres, d'arcs héroïques, De colonnes, tributs des arts, Des arts qui pour leur ca})itale Paj-totit à Tœuvre se sont mis !
Comment, dans ce pompeux dédide.
hetrouver tous ses vieux amis?
Ces monuments sont notre histoire ; Grâce à chaque fait retracé, A de nouveaux rêves de gloire Sourit la gloire du passé.
Dois-je ici féconder mes veilles?
J'en doute> mais point n'en gémis.
Puisque au sein de tant de merveilles On retrouve ses vieux amis.
Ce grand Paris, plus d'un Taccuse
De rire même de ses maux.
Il rompt plus de jougs qu il n'en use,
Tient moins au bon sens qu'aux bons mot^.
L'en reprendre est affaire au sage.
Bénissons Dieu d'avoir permis
Qu'au milieu d'un peuple volage
On reirouve ses vieux amis.
Mes vieux amis, oui, je les trouve Réunis tous pour me fêtei-.
C'est le bonheur que j'en éprouve, Paris, qui me fait te chantei".
Dans l'absence le cœur sommeille ; Les souvenirs sont endormis.
Ce jour à jamais les réveille :
J'ai retrouvé mes vieux amis.