‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 36 sur 136 · L ARGENT · texte numérisé non relu

L ARGENT

A UN AMI Auî : AHendez-moi sous l'orme,

Ami, viens à mon aide; Prêle-moi cinq cents francs.

L'argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands î En ville et sous le chaume, Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume Aux souffrances d'autrui !

L'argent ferait ma joie ; On ne le croirait pas ; Car Thonneur dans sa voie M'a guidé pas à pas.

Souvent, prés d'un tel maître, J'ai cru voir en chemin Le bonheur m'apparaitre.

Une bourse à la main.

Qui nVst pns égoïste De rargent sent le prix.

Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris.

Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.

Oue coûtent ces ricliesses?

On me répond tout bas :

Vu crime ou des bassesses.

Prince, je n'en veux pas.

Non; Targent, quoi qu'on dise, N'est point lave d'enter :

(]'esl bonne marchandise ; .Mais on le vend trop cber.

De prix, un jour, s'il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu'enfui je me repaisse D(! milliards à douuer.

Les sols, doid j'aiuie à rire, ^('rronl si je m'enlends A Taire la satire Des riclies de luou lemps.

Dieu n'en voulant rieu faire.

Ami, sois mou liau(|uier, Aux écus je piéfère r.e comiuode papier;

Dl' BK RANG ET.. liS

Ce doux papier de soie Qu'hélas! trop peu souvent La fortune m'envoie, Et quVmporte le vent.

^A^TIiKlSME

A l .N ANCIK.N PUOl'llK.TK SA 1 ^ T-SHION I K \ Air <le la Pipe dr tali.tf;.

Salut et gloire, ô mon prophète!

Ton front rayonne, et devant loi

Tombe le Christ, dont la défaite

Va nous valoir une autre loi.

Toi qui sais Dieu, Thomme et notre àme,

Prends ma table pour Sinaï ;

Parle, et ta loi, je la proclame

Au bruit de vingt bouchons d'aï.

Chantons un hymne à la matière, Que tu rétablis dans ses droits. Ta loi r institue héritière De tous les cultes à la fois.

Le pape en déchire sa robe, Mahomet n'a plus feu ni lieu.

Vivat I nous verrons sui' le globe Ton dieu régner, s'il plaît à Dieu.

Tu divinises la nature ; Épicure autrefois l'osa.

Lucrèce a tenté Taventure Dont Thonneur reste à Spinosa.

Finis la statue ébauchée ; Rends-la plus belle, orne-la mieux.

C'est la matière endimanchée Qu'un panthéisme in^ïénieux.

Mais, vient dire un vieux moraliste, La matière a vaincu sans vous.

Reine de notre âge égoïste.

Nous lui devons mœurs, lois et goûts.

Pour faire action méritoire.

Mieux vaudrait, apôtres nouveaux, Enrayer son char de victoire Que d'aiguillonner ses chevaux

Votre Dieu, disent les scepti((ues, S'il vit en nous, à l'être humain Dut montrer, dès les temps antiques.

Le but, la borne et le chemin.

En vain donc la raison s'éveille; Au progr'ès l'homme aspire à tort ; Il essaime comme l'abeille, Il bâtit comm<' le castor.

Le poëte (pfun souille agite Crie : Eh quoi! Tàme, à notre uiorl.

Sans mémoire, de gîte en gil.e, Entre au hasard, pleure et puis sori !

DE r.Kn.\Nr,Er,. m

ProsLitiiée et vagabonde, Quoi 1 cette âme, esclave ici-bas, N'a point de ciel où fuir un monde Qu'elle sent croulei- sous ses pas !

Le Très-Haut, t\ki it un saint prêtre, Roi des cieux, est notre soutien.

Ce Dieu seul à tout donna Tètre ; Tous les germes sont dans le tien.

A Tun on va par la pensée; Vivants ou morts, l'autre est en nous.

De l'un l'âme est la fiancée ; De tous les corps l'autre est l'époux.

Prophète, ces gens déraisonnent.

Ils prédiront, dans leurs regrets.

Qu'au sol où les tyrans moissonnent Ton culte fournira l'engrais.

Plus d'un républicain le pense, Aveugle qui préfère encoi- Au panthéisme à large panse Le mysticisme aux ailes d'or.

Ne connais-tu pas Don Quichotte?

Voilà l'esprit pur, lance au poing.

Son écuyer boit, mange et rote ; C'est la chair en grossier pourpoint.

Pour que Sancho nous moralise.

Entre la broclie et le cellier, Sous les dalles de notre église Knien'ons le preux chevalier.

12S DEUMKRES CHANSONS

Gloire au grand Pan! qu'il soil fétiche, Loup, bœuf, ibis, singe, éléphant,; Qu'il soit cel Olympe si riche En symboles d'un monde enfant.

Q)u'il soit Phallus! Vois, ô mon maître ! Les fêtes cpii vont avoir lieu.

De ton Dieu que de dieux vont uaiire!

Puisqu'il est tout, tout sera Dieu,

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