‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 4 sur 136 · LES FOURMIS · texte numérisé non relu

LES FOURMIS

AïK de la Petite Cendrillou.

Quel bruit dans la fourmilière !

On s'assemble, on parle, on couil ; Suivi d'une armée entière, Le roi part avec sa cour.

Un avocat les inonde De mots qui me sont transmis.

« Conquérons, dit-il, le monde, Gloire immortelle aux fourmis ! »

L'armée atteint dans sa marclie De fiers pucei'ons campés Près (l'un fétu qui fait ai'cbe Sui' deux cailloux escarpés.

Le roi dit : « De leurs tanières (lliassoiis-les, braves amis.

Dieu combat sous nos bannières, (jloii'c immortelle aux fourmis ! »

L'autre peuple a son Hercule, Faux (lieu (ju'il invoque alors :

On va, vient, ])ousse, recule, Ab ! (pu; (le sanj; et de morts 1 i>es pucerons et leurs laies Kn (h'roule enfin sont mis.

DE liÉBANGER.

Exterminons les barbares.

Gloire immortelle aux fom'mis!

Vite un buUetni détaille

Tous les exploits faits céans,

Proclamant cette bataille

La bataille des géants.

Reste à piller le royaume

Des vamcus in extremis.

Que de brins d'herbe et de chaume

Gloire immortelle aux fourmis!

Un arc de triomphe en paille Voit rentrer le roi vainqueur ; Et la foule qui travaille, A jeim, le salue en chœur.

Puis un Pindare en extase Lance une ode aux ennemis.

Les fourmis ahnent remphase.

Gloire immortelle aux fourmis I

Tout enivré de subi une,

Le barde ajoute ces vers :

« Des temps je franc'his rabime;

Fourmis, à nous Funivers !

Nous saurons, que nul n'en doute,

Ce globe une fois soumis,

Des cieux nous ouvrir la route.

Gloire immoilelle aux fourmis! >>

Tandis ([ue Faulenr liravaciic \ Ole aux Titans leiu's prttjels.

2t) DE II NI ÈRE S (;lIAl^SO^yS

iJans son urine iiiic v;idie Noie auteur, prince el sujets.

Le seul qui trouve un refuge Veut qu'à sec Dieu se soit mis Pour suiïire à ce déluge.

(Jloire immortelle aux l'ourniis!

LE BAPTEME

DIALOGUE AïK :

PREMIER CORSE

« Nous voilà sujets de la France, Qui nous envoie un gouverneur,

Y gagnera-t-elle en puissance?

Y gagnei'ons-nous en bonheur'?

DEUXIÈME CORSE

I)e ce toit, vois d'ici le mailre, Bonaparte, ami des Français :

Tandis (ju'il aide à leurs suc( es, Un second lils lui vient de naître

■ ^upolûol) Uoiiapaile o»l ne le 15 août 1769, jour de lAbsoniption de la Vierge, peu de mois après le traité qui réunit délinitivcment la Corse à la France, i^on père, Charles Bonaparte, avait d'abord été très-opposé aux Fiançais; mais M. de .Marbeuf linit par l'attacber à leur cause, ([ui était dans l'intérêt de cette île. (Note de Bcranger.)

DE DERANGER. 27

PREMIER CORSE

Dans toute Tile une fête a donc lieu?

DEUXIÈME CORSE

D'être à la France on y rend grâce à Dieu.

PREMIER CORSE

On dispose ainsi de la Corse Sans nous dire : Y consentez-vous ?

La règle des rois, c'est la force ; Ont-ils parlé : peuple, à genoux !

DEUXIÈME CORSE

Dieu le veut, comme il veut la joie De ces époux qu'on vient fêter. •

A l'église on va présenter L'enfant qu'à leur cœur il envoie.

PREMIER CORSE

Où va la foule, au pied de ce rempart?

DEUXIÈME CORSE

Voir de la France arborer l'étendard.

PREMIER CORSE

Sur nous, ?tu'avait opprimés Gênes, Un autre joug va donc peser?

Ce n'est pas à changer de chaînes Q)ue l'on apprend à les briser.

DEUXIÈME CORSE

Voilà le baptême qu'on sonne;

Le cortège part triomphant.

Ce fils n'est pas leur seul enfant :

D'où vient tout l'espoir qu'il leur donne?

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