‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 54 sur 136 · LES PAPILLONS · texte numérisé non relu

LES PAPILLONS

Aiit : 1 ne fillo csl un oiseau,

La grand'mère, au temps jadis.

Répétait à h fillette :

« Prie, enfant, car tu grandis:

Le diable est Là qui te guette.

Point de jeux trop s 'duisanls.

Je suis vieille, on doit me croire.

V'iens d'une âme de douze ans, Ma fille, écouter Pliistoire.

Crains le diable ; mais crois bien Que l'Enfer vaul mieux que rien.

« D'un village mis à sac Le diable emporlail les âmes, il en avait un plein sac, Qu'il allait jeter aux flammes.

Las du faideau, lui, si fort.

S'est assis sous une treille.

La main au sac, il s'endort :

(lar Dieu permet qu'il sommeille.

Crains le diable; mais crois bien Qie l'Kufer vnni mieux que rien.

Bis.

INS DERNIÈRES CHAINSONS

« Des oiseaux l'onl reconnu :

Frères, disent-ils, courage !

Sans bruit, de Fange cornu Courons en tr 'ouvrir la cage.

Vile, vite, au sac de cuir Leur bec fait un trou d'aiguille, Par où, seule, a peine à fuir L'âme d'une jeune fille.

Crains le diable ; mais crois bien Que l'Enfer vaut mieux ffue rien.

.' H s'éveille! Où se cacher?

L'àme avec les oiseaux vole Sous le toit d'un saint clocher.

Le malin ne s'en désole.

Dieu me défend d'aller là ; Mais, sachez-le, ma colombe, Qui de mes rets s'envola Sous ma griffe un jour retombe.

Crains le diable; mais crois bien Que l'Enfer vaut mieux que lien.

i( Satan j)art, et les oiseaux De dire à l'âme sauvée :

Auriez-vôus fait des réseaux Ou détruit quelque couvée?

— Non, messieurs les oisillons :

Plus coui)a))le ))é( liei't'sse, Pour chasseï' aux papillous, J'ai vingt fois manqué la messe.

Crains le diable; mais crois bien Que l'Enfer vaut mieux que rien.

1)1 BKRArsGER. 1S!<

« — Dieu souril au repentir:

Suppliez-le bien, pauvrette.

Pour vous nous allons bâlir Un nid dans notre retraite. Ce toit, qui Téveille aux. champs, Vous rend la prière aisée.

.\oiis vous nourrirons de chants.

De fleurs, de miel, de rosée.

(]rains le diable; mais crois bien Que TEnfer vaut mieux que rien.

.( N'osant quitter ce séjour, Sous la croix l'àme abritée D'abord soigne avec amour Les petits de la nitée.

Puis ce beau zèle s'éteint ; Même elle néglige encore, (ihez des chantres du matin, (iOmme eux de bénir Taurore.

(trains le diable; mais crois bien Que l'Enfer vaut mieux que rien.

« Certain jour qu'ils vont au loin :

Quel ennuyeux tas de pierres!

Dit-elle; et qu'est-il besoin D'y sonner tant de prières?

Ciel ! aux champs, dans un sillon.

Que vois-je? Un papillon brille!

Certe, un si beau papillon N'est pas né d'une chenille.

Crains le diable; mais crois bien Que l'Enter vaut mieux (pie rien,

« Elle vole, et, d'un élan, Jusqu'à l'insecte elle arrive.

Sainte Vierge 1 c'est vSatan Qui lui crie : Ah! fugitive, Je vous tiens. Ne priez pas ; (l'est trop tard, vite à mon boui^e!

Vous attraperez là-bas Des papillons de fer rouge.

Oains le diable; mais crois bien Que l'EnCoi' vaut mieux que rien.

(( Nos oiseaux au toit qui peiicl Rentrent : 0 l'infortunée I Le diable à l'œil de serpeni D'en bas l'aura fascinée, Disent-ils. Où la chercher?

Dans les llammes éternelles.

Sans pouvoir l'en arracher Nous y brûlerions nos ailes.

Crains le diable; mais crois bien ) Que l'Enfer vaut mieux que rien, j

LA DERNIÈRE l'EK

Ain d'A^olinc, de Wu m m.

Près du rivage où le di'uidc austère, Chez les Bretons, eusevelil ses dieux, Au vieux curé, qui bêclie son parterre

Uis.

ht BliRA.^GEPu 191

Vient d'apparaître un messager des cieiix. C'est un ange. Oui : l'auréole, les ailes, Tout le lui prouve. H se signe, et soudain, Malgré la l)runie, il voit dans son jardin Oiseaux s'ébattre et Heurs briller plus belles. Sous un ciel sombre et les vents et les Ilots

Poussent au loin de funèbres sanulot

Painii ses fleuis l'ange aussitôt nioissoinie, « Ah! dit le prêtre, il veut parer nos saints, » L'Ange sourit : « Pour mettre une couronne Sur un tombeau, je te fais ces larcins, Dit-il; entends des plaintes étouffées Traverser l'air; vois ce ciel triste et noii'. Dans l'anse où croule un noble et vieux inanoir, Vient de mourir la dernière des fées. » Sous un ciel sombre et les vents et les Ilots Poussent au loin de funèbres sanglots.

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