LA PRISONNIÈRE
Am : Ce Magistrat irréprochable.
Platon Ta dit : Fàme est captive Dans ce corps brut, obscur séjoiu-, Prison véritable où n'arrive Que lentement Téclat du joiu".
Cette àme en qui tout est mystère, Souffrant du fioid, souffrant du cliaud, Quand Tédifice soi t de terre, Sonnneillc au fond d'un noir c;iclio(.
Tandis (|u\'llc huiKiiil daus roinbic.
Nature tente uu sourd Iravail,
l']l fait poindre dans ce lieu sombre
Le jour doult'ux. d'im soupirail.
A la lueur (pii vieut (réclor(>,
Se créant un vaste horizon,
La pauvre àme longtemps encore
Se heurlr aux murs de sa prison :
Mais enfin s'ouvre une fciKMre; Llh' s'y (lami)onne en i'i;uil.
DE BEUANGEli.
Salut, printemps qui viens de nailre 1 Tout brille aux feux, de TOrienl.
Ces bois si verts, ces eaux si belles, Ces monts géants, Thomme en est roi.
Toutes ces fleurs, pour moi sont-elles?
Tous ces fruits, seront-ils pour moi?
De la prison d'abord si noire Le faîte devient radieux.
L'âme en fait un observatoire Et de là plonge dans les cieux.
Tant d'astres soulèvent les voiles Du Dieu qui leur trace un chemin.
Je me noie en ces flots d'étoiles :
Dieu puissant, tendez-moi la main.
Mais l'automne touche à son terme ; Déjà le ciel s'est obscurci.
L'observatoire alors se ferme, Hélas! et sa fenêtre aussi.
Quelque rayon, qui meurt bien vite, Frappe encor des murs délabrés, Puis du cachot, son premier gîte, L'âme redescend les degrés.
11 en est ainsi pour la foule
A l'âge de caducité.
Mais enfin la prison s'écroule ;
L'âme s'envole en liberté.
De nouveaux fers Dieu la préserve !
Et j'ajoute à mon oraison :
Faites, mon Dieu, qu'elle conserve Le souvenir de sa |)rison.