‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 137 sur 215 · SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU · texte numérisé non relu

SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU

Note LXXI. — Au titre. — Cette chanson précéda V.ime et le Dieu des bonnes gens. Elle est une des premières dans lesquelles Béranger s'essaya à poétiser le genre qui commençait à l'occuper uniquement. Elle eut d'abord peu de succès ; aussi fut-il frappé d'un mot qu'en l'entendant lui dit M. Jay, l'auteur de l'Histoire de Richelieu : « Courage! voilà de la poésie! vous avez encore mieux que cela dans la tète. »

Béranger devait sans douie croire qu'il avait mieu.x que cela, lui qui, dès l'âge de vingt ans, avait rêvé les plus grands travaux littéraires, et qui, bien que sachant à peine l'orthographe, s'était

particulièrement occupé de ce qu'on appelle haute poésie. Mais il fut longtemps à craindre que la chanson ne pût rendre toutes les pensées et tous les sentiments. Son erreur venait de ce qu'il la considérait comme un genre, tandis qu'elle est toute une langue. (Note de Béranger.)

LE BON VIEILLARD

Note I.XXIl. — Au vers

J'ai bu jadis avec le bon Panard.

Panard est un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la chanson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poète. Panard se meut dans un cercle d'idées très étroit, et il ne fit jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau. Gallet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Marmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, grâce à une douce indifférence, ce chansonnier dut vivre heureux {Note de Béranger.)

Voici un extrait curieux du livre IV des Mémoires de Marmontel que cite Béranger (Note de l'Éditeur) :

« Ce vaurien (Gallet) était un original assez curieux à connaître.

« C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s'était déjà rL,iné lorsque je le connus. Il étai'. hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.

« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, logé au « Temple des mémoires. » Quand son hydropisie futsurle point de l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer lextrème-onction : « Ah ! monsieur l'abbé, lui dit-il, vous venez «me graisser les bottes; cela est inutile, car je m'en vais par <i eau. » Le même jour il écrivit à son ami Colle, et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur l'air : Accompagné dt plusieurs autres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

De ces couplets soyez content :

Je vous en ferais bien autant, Et plus qu'on ne compte d'apôtres; Mais, ctier Collé, voici l'instant Où certain fossoyeur m'attend, Accompagné de plusieurs autres.

Le bonhomme Panard, aussi insouciant que son ami, aussi oublieux du passe et négligent de l'avenir, avait plutôt dans son infortune la tranquillité d'un enfant que l'indifférence d'un philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de se vêtir, ne le regardait point : c'était l'affaire de ses amis, et il en avait d'assez toons pour mériter cette confiance. Dans les mœurs comme dans l'esprit, il tenait beaucoup du n.iturel simple et naïf de La Fontaine. Jamais l'extérieur n'annonça moins Ide délicatesse; il en avait pourtant dans la pensée et .dans l'expression. »

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