‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 33 sur 215 · LE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

LE JEUNE HOMME

Chacun, aux voûtes élhérées, Veut l'avoir vu planer cent fois.

Oui, tu sais plus que nos vieux sages. Sur ton passé rouvre les yeux.

Raconte-moi tous tes voyages ; Apprends-moi le secret des Cieux.

LE VIEILLARD

L'homme qui s'adapte ces ailes

Jamais ne se reposera.

Il lassera les hirondelles ;

Plus haut que l'aigle il plongera.

Tenter leur élan solitaire

Fut un projet qu'en vain je fis.

Ma mère avait besoin sur terre,

Pauvre aveugle, du bras d'un fils.

Elle mourut ; mais mon Isaure, Qui charma ses derniers moments.

M'apprit qu'un chaume qu'on ignore Vaut un monde pour deux amants.

Dans nos jeux je demandais grâce,

Lorsque Isaure, au souris yermeil,

A ces ailes faisait menace

De m'attacher dans mon sommeil.

Notre bonheur s'accrut dans l'ombre :

Car, sous ces bosquets de jasmin, De vrais amis, en petit nombre, Accouraient nous presser la main.

Plaisirs partagés sont fidèles. Aimer, aimer, fut notre loi; Et j'ai laissé dormir les ailes Qui ne pouvaient ravir que moi.

Enfin, né voisin d'une classe Où pullulent les malheureux, J'aidais à remplir leur besace; J'allais jusqu'à glaner pour eux.

Perdus dans vingt sentiers contraires.

Ils se guidaient à mon flambeau.

Ces infortunés sont mes frères.

Je dois partager leur tombeau.

Page 1