‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 40 sur 215 · A UN AMI · texte numérisé non relu

A UN AMI

Air du vaudeville de la Petite Gouvernante.

Mon vieil ami, dans ma retraite, Près des bois, demain, je t'attends.

Viens faire un diner de chambrette, Comme aux jours de notre printemps.

* Pigeons, colombes, tourterelles, après un mùr examen, ne répondent nullement à l'idée qu'on s'est faite de leur constance en amour, m'ont assuré des observateurs scrupuleux, entre autres plusieurs dames. La poésie seule, toujours dispwsée à entretenir les vieilles erreurs, fait encore de ces oiseaux des symboles de fidélité matrimoniale.

Quant au papillon, sans doute parce que les anciens en ont fait la représentation de l'àme humaine, la poésie, l'a accusé et l'accuse encore d'inconstance : c'est une calomnie. Ces jolis insectes vivent, sans promiscuité, dans une union conjugale dont les hommes donnent trop peu d'exemples. Au milieu d'un essaim de leurs pareils, le mâle cherche toujours l'objet de son unique et premier choix. Un petit papillon blanc est surtout remarquable par l'intimité de chaque couple. Voyez-vous l'un des deux; l'autre est tout près, soyez-en sûr. Dans leur vol, ils ne s'écartent que pour se rapprocher. C'est en les observant que j'ai conv-u l'idée de rétablir leur réputation, au risque

Nous jaserons de mainte chose :

Des gens de cour, de l'émeutier; Des vers et surtout de la prose, Reine aujourd'hui du monde entier.

Puis nous parlerons de la guerre :

L'aurons-nous? ne l'aurons-nous point' Sur le journal, je ne vois guère Que des rois nous montrant le poing Tout en prévoyant des batailles, De pitié pourtant je souris Quand je pense aux tristes murailles Qui vont emprisonner Paris.

Ah ! pour sauver la ville sainte, Fiez-vous au peuple d'en bas ; Que, bien armé, dans son enceinte, Il veille et reste l'arme au bras.

Quel traître devant ses cohortes, Paris bien ou mal retranché, Oserait en livrer les portes, Fût-il Talleyrand ou Fouché?

Guerroyer fut notre manie; Mais aujourd'hui je reconnais Qu'on doit mater la félonie De l'oppresseur des Polonais.

de contraindre l'Éco'e de Fourier de donner un autre nom à la passion que le maître a appelée la papillonne. (Note de Béranger.)

Non moins félon, l'Anglais si rogue Voudrait bien, encor celte fois.

Nous endormir avec la drogue Qu'il ne peut plus A'endre aux Chinois.

Anglais, bien que nous tromper serve A désennuyer ton orgueil, Mieux vaudrait voguer de conserve :

Tu dois craindre plus d'un écueil. Tes possessions, que sont-elles?

Des cerfs-volanls que tient ta main.

L'aquilon rompra leurs ficelles.

Prends garde : il peut souffler demam.

Qu'avec honneur nous berce encore La Paix, mère de tous les biens.

Dans les camps pourraient nous éclore De trop redoutables soutiens.

La gloire est là si despotique !

Nul éclat au sien n'est pareil.

0 liberté! ton arbre antique Croît mieux à l'ombre qu'au soleil.

Ami, qu'en dit-ou à la ville?

Réponds, écho digne de foi.

Dans les bois que l'automne épile, Viens-en deviser avec moi.

Viens, tandis qu'un peu de feuillage Du froid cache encor le retour.

Ah! qu'il est loin, cet heureux âge Où nous ne parlions que d'amour !

TB BÉEANGER 119

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