‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 64 sur 215 · SAINT NAPOLÉON · texte numérisé non relu

SAINT NAPOLÉON

A UN BARON DE l'bMPIRE Air :

Vous, fier baron, qui rampiez daus un temps Fécond en lois, en travaux, en batailles,

• Pendant tout le règne de Napoléon, son patron fut substitué, sur le calendrier, à saint Roch, qui, depuis la Restauration, â repris sa place au 16 août.

Les prêtres composèrent à grand'peine une courte lé-

Combien d'honneurs vous devez aux trente ans Qui de l'Empire ont vu les funérailles ! L'aigle a légué la France aux étournaux : Pour un Gérard que de J *!

Un homme né pour s'élever aux deux

Se montre-t-il, tous les nains qui s'approchent

Sur ce géant se guindenl de leur mieux,

A ses habits, à ses bottes s'accrochent.

A peine il voit ces avortons, qu'il rend

Fiers de sa taille, et qu'il porte en courant.

Heureux baron, un jour il vous parla.

« Sers-moi, » dit-il. Et d'un signe il ajoute : « Viens; » vous venez. « Va là; » vous allez là. Mais il perdit sceptre et valets en route. Tout, depuis lors, vous fut prospère, au point Qu'un roi, sans vous, régnerait mal ou point.

De vos débuts ne rougissez pas trop ; Chacun en cour passe à cette filière.

Notre empereur, créateur au galop, Quand son crachat fécondait la poussière. Fit pour un saint, dans le ciel pris d'assaut, Ce qu'ici-bas il fit pour plus d'un sot.

gonde au saint impérial, dont le nom même n'avait jusque-là paru que dans les vieilles chroniques italiennes. (.Note de Béranger).

* Plusieurs de nos généraux ont illustré le nom de Gérard, mais aucun autant que le maréchal, dont les vertus, le patriotisme et les talents peuvent se passer d'éloges, tant son nom éveille d'honorables sympathies' (Note de Béranger.)

Oui, son patron, vieux tléfun». peu connu, Au Paradis végétait sans prébende.

De tout rayon lui voyant le front nu, Les saints criaient au saint de contrebande : « D'où nous vienl-il? Qui l'a canonisé? Nous parierions qu'il n'est pas baptisé. »

« Un pape intrus, disaient de bons voisins,

L'aura tiré des carrières de Rome,

De (aux martyrs éternels magasins.

Chassons ce gueux ! » Et contre le pauvre homme

Monsieur saint Roch court exciter son chien.

Tant les heureux ont le cœur peu chrétien.

Mais jusqu'au ciel, d'Austerlitz, d'Iéna, Montent les bruits et les ordres du pape. Vite on accorde au saint que l'on berna Fleurs, auréole et triple part d'agape.

Tout lui sourit; par une bulle ad hoc. De l'almanach son nom bannit saint Roch.

« Plus que Louis il a des airs de roi, » Dit le public, public de saints et d'anges Qui tient de nous : la fortune y fait loi. El le bon saint, qui se gonfle aux louanges, Perdant bientôt le peu qu'il a de sens. Voudrait à Dieu voler sa part d'encens.

Barons ou ducs, c'est votre histoire à tous.

Napoléon d'un saint de pacotille

Fait un grand saint, fait des rois^ fait des fous,

DE BÉRA.NGER 179

Gave des sots qu'il prend à la coquille, Et tombe enfin. Messieurs, sur son rocher, C'est vous d'abord qu'il dut se reprocher.

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