‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 71 sur 215 · POUR MON ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

POUR MON ANNIVERSAIRE

Air : Ainsi jadis un grand prophète.

Je cultivais un coin de terre

Dont les ombrages m'enchantaient.

Là, quand je rimais solitaire,

Dans mes vers mille oiseaux chantaient.

Me voilà vieux; plus rien n'éveille

Ces bosquets jadis si peuplés.

En vain l'écho prête l'oreille :

Tous les oiseaux sont envolés.

Quel est, dites-vous, ce domaine?

Eh! mes amis, c'est la chanson.

Où mon vieil esprit, hors d'haleine.

Court battre en vain chaque buisson.

De mes ans sur l'enclos modeste Les frimas sont accumulés; Pas un roitelet ne me reste.

Tous les oiseaux sont envolés.

Que le riche été se couronne Des épis que nous attendons ; Qu'à nos yeux rougisse l'automne, Plus d'oiseaux pour chanter leurs dons.

En vain le printemps ressuscite Les fleurs sur nos bords consolés; Lorsqu'à chanter ramom- invite, Tous les oiseaux sont envolés.

C'est mon hiver qui les effraye ; Ils ne reviendront plus au nid.

J'en juge aux vers que je bégaye Quand l'amitié nous réunit.

Antier, toi que mieux elle inspire, Chante nos beaux jours écoulés; Trompe l'écho prêt à redire :

Tous les oiseaux sont envolés.

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