‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 9 sur 215 · MON ANNIVERSAIRE A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

MON ANNIVERSAIRE A FONTAINEBLEAU

Air des Amazones.

<i Quitter Paris, quitter le monde, C'est mourir, » m'a-t-on dit cent fois. Or, dans ma retraite profonde, Je suis mort, du moins je le crois (Bis).

D'un trépassé prenant le caractère,

Je tiens mon gîte aux indiscrets muré.

Me voilà donc comme à cent pieds sous terre.

De profundis! car je suis enterré.

Bis.

Je vis en mort tranquille et sage Dans ce coin qui me va si bien ; Espérant, moi qui sais l'usage, Que l'oubli sera mon gardien.

Mais, que de moi, l'amitié se souvienne; Pour chaque nœud qu'avec vous j'ai serré, A mon tombeau que souvent elle vienne, De profundis! car je suis enterré.

Je conçois qu'on s'irainorlalise;

Pourtant cela devient banal :

Et lettre d'ami, (}uoi qu'on dise,

Vaut mieux qu'article de journal.

Laissons la gloire apposer son paraphe Sur maint brevet par des sots délivrés ; Mes vieux amis, faites mon épitaphe.

De profundis ! car je suis enterré.

Les morts ne se dérangent guères ;

Venez donc sans deuil ni souci,

Narguant les larraoyeurs vulgaires,

Boire au défunt qui gitici.

Plus ne m'arrive un soupir de colombe, Plus un seul vers par Lisette inspiré.

L'amitié seule a des tleiu-s pour ma tombe, De profundis ! car je suis enterré.

Poiu-tant, lorsqu'ici je m'enterre,

Ne me croyez pas devenu

Fou misanthrope ou sage austère,

<Jontre un siècle prévenu.

Avec le temps si mon esprit plus sombre Voyait en noir, sous un ciel azuré, Soyez, amis, indulgents pour mon ombre, De profundis ! car je suis enterré.

De profundis ! criait Lazare, Rêveur dans la tombe endormi, Lorsque armé d'un pouvoir trop rare, Jésus réveilla son ami (Bis).

Au bout de l'an où tous je vous convie Pour un service ii bas bruit célébré, Comme à Lazare, ah ! rendez-moi la vie, De profundis! car je suis enterré.

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