‹ Dernières chansons de P.J. de béranger, 1834 à 1851Chapitre 8 sur 215 · L EGYPTIENNE · texte numérisé non relu

L EGYPTIENNE

Non ; dans Moscou fut mon berceau.

La source, à Mempliis couronnée*,

Là vient se perdre obscur ruisseau.

De consoler ma race antique

Quels soins le sort n'a-l-il pas pris?

D»ns tes déserts, jeune Amérique,

J'ai foulé d'antiques débris;

Et sur des monts de cendre humaine,

Dans l'Inde, lasse de marcher,

Je vins gémir sur un roclier

Inconnu, nommé Sainte-Hélène.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi, Quand je dirais : « Tu seras plus qu'un roi. »

NAPOLÉON

Femme, que fait la métropole, Ce grand Paris, notre fanal "?

l'égyptienne.

Cette ville, que l'on croit folle, C'est Brulus en habit de bal.

Là j'entendis, l'oreille à terre, De profonds et sourds grondements.

Palais et temples, un cratère Va s'ouvrir sous vos fondements.

Un ciel pur semble nous absoudre, Chantait la cour dans ses ébats.

• Parmi les Bohémiens ou Égyptiens règne une tradition qui les fait descendre des anciens maîtres de l'Egypte. {fiote de Béranger.)

Le ciel est pur ; mais c'est d'en bas

Qu'à présent partira la foudre.

Voyons la main, mon enfant, et crois-moi, Quand je dirais : « Tu seras plus qu'un roi. *

NAPOLÉON

Je me fie ii votre science ; Égyptienne, voici ma main.

l'égyptienne.

Que vois-jel 0 signes de puissances!

0 labeurs du génie humain !

Muses, pour vous quelle épopée !

Législateurs, qu'il sera grand 1

France, à l'œuvre ! forge une épée

Pour celte main de- conquérant.

Rois, pleurez vos orgueils de race;

Suivez-le, peuples haletants.

Moi, je tombe aux pieds dont le temps

Doit à jamais garder la trace.

J'ai vu ta main. 0 noble enfant ! crois-moi. Quand je te dis : '< Tu seras plus qu'un roi. •>

Aux paroles de la sibylle, Le jeune homme, silencieux, Croise les bras, rêve, immobile ; Un éclair brille dans ses yeux :

A genoux reste l'Égyptienne, Mais Joseph s'écrie, exalté :

« Napoléon, qu'il te souvienne De moi dans ta prospérité.

Afin de payer l'étrangère

34 DERNIÈRFS CHANSONS

Pour qui Dieu n'a rien de caché, Frère, courons vendre au marché Les olives de notre mère.

l'égyptienne.

J'ai vu ta main. 0 noble enfant ! crois-moi, (Bis.) Quand je te dis : « Tu seras plus qu'un roi. >•

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