‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger, de 1834 à 1851Chapitre 100 sur 101 · VERMINE · texte numérisé non relu

VERMINE

Voilà douze ans, à la France, arbre immense, J'ai dit : « Plus beaux tes fruits croîtront toujours Au monde entier destinant leur semence, Dieu les mûrit au soleil des trois jours ;

« Vous qui cbantez cette année abondante, Par moi prédite à l'arbre glorieux, Heureux enfants, à la branche pendante Cueillez les fruits greffés par vos aïeux. »

Ils se hâtaient; mais, la récolte faite, Je vois bientôt ces fruits tachés; flétris, Dans son espoir trompant le vieux prophète, Forcer sa bouche et son cœur au mépris.

Fst-ce du ciel, arbre de la patrie,

Que vient ce mal d'où naissent tous nos maux"

Ta noble sève est-elle enfin tarie?

D'un air impur nourris-tu tes rameaux?

Non; les vers seuls, de la mort sourds ministres. Ont dès longtemps couvé notre malheur; Ils ont osé, ces corrupteurs sinistres, Souiller le fruit aux langes de la fleur.

Là, sous nos yeux, tenez, l'un d'eux se dresse : « Pour dominer, dit-il, gonflé d'orgueil,

ti OEUVRES POSTHUMES.

Frères, à nous la lâcheté s'adresse; Préparons-lui son trône et son cercueil.

« Qu'avec ses fruits, l'arbre à la vaste cime, Déjà mourant, succombe à notre effort, Tandis qu'au pied s'entrouvrira l'abîme Que nous creusons sous un peuple qui dort. »

11 a dit vrai ; ces enfants de la tombe De l'arbre saint rongent les bras puissants ; Voyez du ciel sa couronne qui tombe Et son vieux tronc insulté des passants.

Dieu, si trois jours tu nous permis de croire Que ta bonté pour nous se réveillait, Sauve la France et les fruits de sa gloire Des vers éclos au soleil de Juillet!

La pièce de Bondy est de 1838; celle de Vermine paraît être de 1843.

Quoique la chanson de la Rime n'ait pas autant d'importance que ces deux satires, comme c'est la dernière chanson que Déranger, au jour anniversaire de sa fête, ait chantée à ses amis, nous la joignons à celles qu'on avait jusqu'ici réservées. Il faut la dater de 1851. C'est dans sa retraite de Beaujon, à soixante et onze ans accomplis, que l'illustre vieillard travailla ces dernières rimes joyeuses. 11 n'avait plus qu'à signer ses grands et nobles vers de Y Adieu.

SUPPLEMENT

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