‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger, de 1834 à 1851Chapitre 41 sur 101 · LA SIRÈNE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE

Ain :

Les flots sommeillent au rivage ; Au ciel brille un beau soir d'été.

Plus de bruit, tout dort sur la plage, Le vent, le travail, la gaieté.

Du sein de Fonde un mot surnage, Mot que la nuit fera redire au jour : Amour! amour! Bis.

Qui dit ce mot? C'est la Sirène Guettant sa proie au bord des eaux.

Malheur à celui qu'elle entraîne Jusqu'à sa couche de roseaux !

Déjà, pas à pas, sur l'arène, D'elle s'approche un bel adolescenl , En rougissant.

Accours, dit-elle, amour me presse; Pour tous les cœurs j'ai des échos.

A moi d'enhardir la jeunesse ; Je te soutiendrai sur les flots.

Echappe au mors de la sagesse, Qui ceint le front de ses enfants blafards De nénufars.

L'Amour fait scintiller les ondes Où nous folâtrons sans souci.

Combien, dans nos grottes profondes, Tombent, qui nous disent : Merci!

C'est dans le plus joyeux des mondes Que va te luire un éternel été De volupté.

Goûte aux plaisirs qu'on nous envie; Caresse mon sein palpitant ; Chez vous quelle âme est assouvie?

Vos feux n'échauffent qu'un instant.

La vie, enfant, la douce vie N'est parmi nous, qui savons l'attiser, Qu'un long baiser.

L'adolescent plonge dans l'onde.

Qui Fa revu? Nul depuis lors.

Mais qu'au soir la Sirène immonde Chante encor l'amour sur nos bords, Une voix, qui n'est plus du monde, Crie aux passants, saisis, tremblants d'effroi : Priez pour moi. Bis.

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