‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger, de 1834 à 1851Chapitre 42 sur 101 · LES BOIS · texte numérisé non relu

LES BOIS

Air :

Je crains la foule qui se presse ; Je tremble à ses milliers de voix.

Une fée a, dès ma jeunesse, Conduit mes rêves dans les bois.

Là mon cœur, pris de peine amère, k l'espérance était rendu, Comme un oiselet que sa mère Reporte au nid qu'il a perdu.

Sous nos toits mon âme étouffée, Hors de Paris cherchant de l'air, À Meudon reçut d'une fée, Moi jeune encore, un don bien cher.

Pauvre et brûlé de longues fièvres, A l'ombre j'y rêvais un jour, Quand la fée humecta mes lèvres De chants de plaisir et d'amour.

Fontainebleau, forêt splendide, Que je fus riche en parcourant Avec ma fée au vol rapide De tes rois l'ombrage odorant!

Aux princes la cour et ses pompes ; Mais ces bois, à qui donc? — Au roi.

— Au roi ! Non, garde, tu te trompes : Tous ces beaux arbres sont à moi.

Boulogne, au déclin de mon âge, Je viens revoir tes verts abris.

Victime de plus d'un orage, De vains regrets je m'y nourris.

Vers moi la fée accourt encore ; A mes maux elle ôte leur fiel, Et fait briller comme l'aurore Dans mes pleurs un rayon du ciel,

Je viens te consoler, dit-elle;

Forme un souhait, fût-il d'amour.

— C'est le sommeil, chère immortelle, Qu'on demande au soir d'un long jour.

— Youdrais-tu que je t'enrichisse?

— Non; l'ennui pourrait m'assaillir.

— Veux-tu que je te rajeunisse?

— Non; je craindrais trop de vieillir.

Je veux un tout petit domaine Pour y planter de beaux couverts ; Pour qu'un vieil ami s'y promène A l'ombre, en me lisant ses vers.

Jusqu'au ciel mes arbres atteignent Bien vite; et, dans leurs gais penchants, Mille oiseaux, chaque jour, m'enseignent Comment meurt le bruit de nos chants.

A mes vœux elle va se rendre ; Je l'arrête. 0 rêve insensé!

Sais-je si j'ai le temps d'attendre Qu'un rosier même soit poussé !

DE DERANGER. 133

Ces bois m'offrent un dernier gite.

Au vieillard, las de son fardeau, Sous ce tremble qu'un souffle agite, Bonne fée, élève un tombeau.

LE MERLE

Are

Au printemps, sous un vaste ombrage Où murmuraient de frais ruisseaux, Je pris ma flûte de roseaux, Présent magique d'un vieux sage.

A sa voix, un peuple d'oiseaux Vint m'entourer de son ramage.

Ils sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient,

Chantaient,

Chantaient.

Doherty se

E MIKIfSLE.

Perrotin , Editeur

Rossignols, loriots, fauvettes, Merles, bouvreuils, linots, pinsons, Cédant au pouvoir de mes sons, Tous, jusqu'aux folles alouettes, Venaient, pour prix de leurs chansons, De mon pain becqueter les miettes.

Us sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient,

Chantaient,

Chantaient.

J'avise un merle qui babille :

Merle, pourquoi fuyiez-vous tous, Quand moi, bonhomme, auprès de vous Je me glissais dans la charmille ; Moi, qui trouve vos chants si doux, Qui suis presque de la famille?

Ils sautaient, S'ébattaient,

Coquetaient Et chantaient, Chantaient / Chantaient.

Dieu donna l'air, la terre et l'onde, Dit le merle, aux seuls animaux.

Nous y vivions exempts de maux , Mais chaque race trop féconde Poussa tant et tant de rameaux, Qu'on étouffa dans ce bas monde.

Us sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient, Chantaient, Chantaient.

Dieu s'y prit en pore économe C'est trop de bêtes à la fois.

À quelqu'un transmettons mes droits ; Que, sanguinaire et gastronome, Il en tue au moins deux sur trois.

Parlant ainsi, Dieu créa l'homme.

lis sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient, Chantaient, Chantaient.

Depuis lors, rois de la nature, Nous vous fuyons épouvantés Pour nos jours et nos libertés.

De tout grain vous faites mouture ; Souvent même à vos majestés Le rossignol sert de pâture.

Us sautaient, S'ébattaicntT

Coquetaient Et chantaient, Chantaient, Chantaient.

Merle, oublions nos droits contraires, Dis-je, et, grâce à mon talisman, Aimez-moi, je suis bon tyran, Sans souci de vos lois agraires.

Ne me fuyez plus , croyez-m'en :

Oiseaux et poètes sont frères.

Us sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient, Chantaient, Chantaient.

A ces mots, mâles et femelles Me viennent baiser à qui mieux ;

DP] BÉRANGER. 159

Le merle criant : Ce bon vieux Nous fera des chansons nouvelles. Pour qu'il s'élevât jusqu'aux cieux, Dieu lui devrait donner des ailes.

Us sautaient, S'ébattaient, Coquetaient Et chantaient Chantaient, Chantaient.

ICO CHANSONS

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