LE DIEU JEAN
A m : Toto Carabo.
Tout homme à caractère Est dieu, de loin en loin,
Dans son coin.
Jean, qui croit à Voltaire, Fut dieu pendant six mois, Le grivois !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Chez de joyeuses filles, Jean, qui loge à l'étroit,
Sous le toit, Pèlerin sans coquille, Se fait dieu pour payer Son loyer.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu!
Jean, quelque temps prophète.
Dit : Le traiteur en moi
N'a plus foi.
Gratis pour qu'on me fête, Je sors de mon cerveau Dieu nouveau.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu!
Respectons pour l'exemple Les dieux plus ou moins nés,
Mes aînés.
Tributs, autel et temple, Sont un assez bon lot De culot.
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu!
Pour le salut de l'âme, Comme on n'a que trop fait
Sans effet, Des corps je me proclame Par goût et par ferveur Le sauveur.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu,
26c2 CHANSONS
Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu
Le Paradis, vieux conte, Je le mets sous ta main,
Genre humain.
De la terre, à mon compte, Je referai soudain Un Eden.
Ah! hon Dieu! quel dieu!
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Femmes, trêve au martyre!
Supprimons à tout prix
Les maris.
Au sort je veux qu'on tire, Pour vos poupons en tas,
Des papas.
DE BÉRANGER. 2f>!
Ah î bon Dieu ! quel dieu !
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Saint Ignace en prières Vend ses brides à veaux
Aux dévots.
Ce siècle de lumières Est pour les charlatans
Un bon temps.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Jean se fait des oracles.
Bientôt dans plus d'un rang
Le dieu prend; S'il cache ses miracles, C'est qu'il doit des égards Aux mouchards.
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu!
La foule accourt : Victoire!
Que d'or les sots mettront
Dans son tronc!
Mais quoi ! tout l'auditoire Trouve ce dieu de chair Un peu cher.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu!
DK BÉRÀNGER. 265
Il parcourt la province, Toujours déménageant,
Sans argent.
A la foire, en bon prince, Le dieu, dit-on, un soir S'est fait voir.
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Quel pauvre dieu, bon Dieu!
Quel pauvre dieu.
Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Il dit, presque en syncope :
Pour un dieu quelle fin
Que la faim !
Dieu, fais-toi philanthrope, Avocat, perruquier Ou banquier.
Ah ! bon Dieu ! quel dieu !
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Quel pauvre dieu, bon Dieu Quel pauvre dieu,
Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
Enfin, à bout d'angoisse, Jean, qui rêvait d'autel,
S'est fait tel, Qu'hier notre paroisse L'a pris, sur son Credo,
Pour bedeau.
Ah! bon Dieu! quel dieu!
Àh ! bon Dieu ! quel dieu î Quel pauvre dieu, bon Dieu Quel pauvre dieu, Quel pauvre dieu, Né dans un mauvais lieu !
DE BÉRANGER. c267