‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 17 sur 97 · SAINTE-HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SAINTE-HÉLÈNE

Air :

Sur un volcan dont la bouche enflammée Jette sa lave à la mer qui l’étreint,

Parmi des flots de cendre et de fumée Descend un ange, et le volcan s’éteint.

Un noir démon s’élance du cratère :

Que me veux-tu, toi resté pur et beau?

L'ange répond : Que ce roc solitaire,

Dieu l’a dit, devienne un tombeau.

Mais le démon: Celte lie est mon Ténare.

Là j’espérais d’un déluge effrayant Lancer les feux sur l’Argonaute avare Qui par ici tenterait l’Orient.

Et l'cnvaliir! Une dépouille humaine Souiller ces mers, vierges de tout vaisseau!

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Jusqu’où le monde a-t-il poussé la haine,

Qu’ici Dieu lui cache un tombeau !

i'our quel colosse éteint-on le cratère?

Un roi sans doute, un héros hasardeux.

Tous ont de morts si bien jonché la terre,

Que place un jour doit manquer pour l’un d’eux. De tant d’Étals au cercueil d'Alexandre Ravirait-on jusqu’au dernier lambeau?

— Les vents, dit l’ange, ont balayé sa cendre :

(le roi n’a plus même un tombeau!

L’autre repart: Quels restes de grand homme Un jour ici seront donc déposés?

En ce moment César tombe dans Rome Sous les poignards à son sceptre aiguisés.

— Rome, dit l’ange, aura sa sépulture;

Mais, quand va naitre un monde tout nouveau, Les loups du Nord viendront chercher pâture

Sur les débris de son tombeau.

L’ètre infernal, alors baissant la tète,

Dit en soi-même: Est-ce donc pour celui

Qui, ralliant le monde en sa conquête, Va lui donner une croix pour appui?

L’ange l’entend : Silence, esprit rebelle!

II ne craint, lui, ni chacal ni corbeau; Car, dansSion, c’est moi, lampe fidèle, Qui veillerai sur son tombeau.

Démon, écoute. Avant deux mille années.

Un conquérant, empereur des Gaulois, Terminera d’immenses destinées Sur cet écueil, à la honte des rois.

Pour le punir d'attarder dans sa route L’humanité, qu'éblouit son drapeau,

Qu’il trouve ici, quoi qu’au ciel il en coûte, Une prison et son tombeau.

Privé pour lui de ton trône de laves,

Sois son geôlier, prends des traits odieux ; Trouble ses nuits, resserre ses entraves; Tiens de ses maux la coupe sous ses yeux.

Cet homme ainsi purifiant sa gloire,

Pour l’avenir redevient un flambeau,

DK BKKANGKH.

Sur l’infortune achève sa victoire Et des rois triomphe au tombeau.

Loin du démon, loin de ces tristes plages, L’ange à ces mots revoie aux pieds de Dieu, Dont l’œil déjà voit à travers les âges Le grand captif expirer dans ce lieu.

Quelques amis en pleurs sont venus prendre De l’astre éteint le glorieux fardeau.

Dieu joint sa main aux mains qui vont descendre Napoléon dans son tombeau.

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