‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 44 sur 97 · A UN AMI · texte numérisé non relu

A UN AMI

Ara :

Ami, viens à mon aide; Prèle-moi cinq cents francs.

L’argent, quel sûr remède Aux maux petits et grands!

En ville et sous le chaume Trois fois heureux celui Qui prodigue ce baume Aux souffrances d’autrui !

L’argent ferait ma joie;

On ne le croirait pas;

Car l’honneur dans sa voie M’a guidé pas à pas.

! Si

Souvent, près d’un tel maître, J’ai cru voir en chemin Le bonheur m’apparaître,

Une bourse à la main.

Qui n’est pas égoïste De l’argent sent le prix.

Dans son orgueil si triste Jean-Jacque en fait mépris.

Moi, je bénis la source Qui, traversant mon sol, Désaltère en sa course Colombe et rossignol.

Que coûtent ces richessesî On me répond tout bas :

Un crime ou des bassesses.

Prince, je n'en veux pas.

Non; l'argent, quoi qu’on dise, N’est point lave d’enfer :

C’est bonne marchandise;

Mais on le vend trop cher.

De prix, un jour, s’il baisse, A Dieu plaise ordonner Qu’enfin je me repaisse De millions à donner.

Les sots, dont j'aime à rire, Verront si je m’entends A faire la satire Des riches de mon temps.

Dieu n’en voulant rien faire, Ami, sois mon banquier.

Aux écus je préfère Le commode papier ;

Ce doux papier de soie Qu'hélas! trop peu souvent La fortune m’envoie,

Et qu’emporte le vent.

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